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Des personnages et des hommes dans la ville

Géographies littéraires et sociales

Sylvie Freyermuth and Jean-François Bonnot

Les diverses facettes de la ville se donnent à voir non seulement à travers les travaux des sociologues, des historiens, des géographes, mais également à travers la littérature. En croisant ces approches, les auteurs renouvellent l’éclairage critique des notions de lieu et de non-lieu, d’habitable et d’inhabitable, d’entre-soi, de désaffiliation, ou encore d’errance. Cette approche de l’urbain fait appel aux données de la mémoire orale et s’ancre dans une histoire des traces, dans l’infra-historique et dans les représentations de la spatialité intime. La première partie du livre réévalue la place de l’individu dans les conurbations industrielles et postindustrielles. La deuxième est consacrée à l’examen des réseaux urbains et à la mise en perspective littéraire de quartiers emblématiques, alors que la troisième traite des processus « d’infection » et de « contamination » à l’œuvre dans les centres urbains et analyse les mécanismes d’innovation et de blocage sociaux et linguistiques. Dans la quatrième partie, sont examinées les frontières symboliques et la déconstruction du tissu social traditionnel dans le Montbéliard des années soixante, de même que les destinées d’un groupe d’ouvriers dans la vallée du Doubs en voie d’industrialisation ; enfin, un fait-divers criminel exemplaire éclaire les modalités de la cohabitation houleuse entre sédentaires et gens du voyage dans la seconde moitié du siècle industriel.
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Chapitre 3: « Danger social » et construction de l’exclusion de masse

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En 1853, le docteur Ancelon, médecin à Dieuze, près de Nancy, publie localement un opuscule d’une vingtaine de pages consacré à « la constitution épidémique actuelle », c’est-à-dire au problème des maladies contagieuses, telles que la grippe, la variole et la typhoïde. Il dresse un tableau terrifiant de la pollution engendrée par l’industrie chimique installée dans l’ancienne saline. « Le gaz sulfhydrique » reconnaît-il, s’attaque aux portes, aux volets, aux enseignes des maisons, pénètre dans les logements et y « attaque les instruments métalliques » ; en outre, l’atmosphère est constamment empuantie par l’hydrogène sulfuré. Les déchets engendrés par les fabriques s’amoncellent et constituent des ruisseaux coulant en permanence à ciel ouvert. C’est le tableau ordinaire d’une cité industrielle paupérisée du XIXe siècle, que les hygiénistes présenteront comme repoussoirs de la ville moderne, saine et productive :

Depuis vingt ans que les immenses ateliers de produits chimiques de Dieuze fonctionnent avec une prodigieuse activité, ils perdent annuellement, dans des résidus qui sont sans cesse accumulés derrière l’enceinte de la saline, 7000 quintaux métriques de soufre ; ces résidus attaqués chaque jour par la chaleur et la lumière solaires, par l’électricité, lessivés par les pluies et la fonte des neiges, alimentent un ruisseau dont les eaux roulent depuis lors une boue gris de fer composée de soufre mis à nu et de diverses sulfures ; il en émane en tout temps une...

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