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Des personnages et des hommes dans la ville

Géographies littéraires et sociales

Sylvie Freyermuth and Jean-François Bonnot

Les diverses facettes de la ville se donnent à voir non seulement à travers les travaux des sociologues, des historiens, des géographes, mais également à travers la littérature. En croisant ces approches, les auteurs renouvellent l’éclairage critique des notions de lieu et de non-lieu, d’habitable et d’inhabitable, d’entre-soi, de désaffiliation, ou encore d’errance. Cette approche de l’urbain fait appel aux données de la mémoire orale et s’ancre dans une histoire des traces, dans l’infra-historique et dans les représentations de la spatialité intime. La première partie du livre réévalue la place de l’individu dans les conurbations industrielles et postindustrielles. La deuxième est consacrée à l’examen des réseaux urbains et à la mise en perspective littéraire de quartiers emblématiques, alors que la troisième traite des processus « d’infection » et de « contamination » à l’œuvre dans les centres urbains et analyse les mécanismes d’innovation et de blocage sociaux et linguistiques. Dans la quatrième partie, sont examinées les frontières symboliques et la déconstruction du tissu social traditionnel dans le Montbéliard des années soixante, de même que les destinées d’un groupe d’ouvriers dans la vallée du Doubs en voie d’industrialisation ; enfin, un fait-divers criminel exemplaire éclaire les modalités de la cohabitation houleuse entre sédentaires et gens du voyage dans la seconde moitié du siècle industriel.
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Chapitre 5: Paradigme indiciaire, réseaux urbains et imaginaire de la ville

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En 1864 [Haussmann] donne carrière à sa haine contre la population instable des grandes villes dans un discours à la Chambre. […] La « ceinture rouge » se constitue. Haussmann s’est donné à lui-même le titre « d’artiste démolisseur ». […] Hugo et Mérimée donnent à entendre combien les transformations de Haussmann apparaissaient aux Parisiens comme un monument du despotisme napoléonien. Les habitants de la ville ne s’y sentent plus chez eux ; ils commencent à prendre conscience du caractère inhumain de la grande ville.

Walter Benjamin, Paris, capitale du XIX e siècle 1939/2003, p. 17.

Nous avons montré au chapitre précédent que la notion d’habitabilité devait s’entendre de façon relative et non absolue. Bien entendu, il existe des normes définissant ce qui correspond à des exigences minimales1. Or, comme le remarque Gossé (2000, p. 90), « pressé par la rapidité et l’ampleur du phénomène démographique naturel et migratoire, l’aménagement urbain contemporain ne consiste trop ← 137 | 138 → souvent qu’en l’application de recettes géométriques, de simulations statistiques, de règles hygiénistes et de normes techniques. La maîtrise urbaine se limite à une estimation de la croissance, au dimensionnement et au tracé de voiries et réseaux dont l’ensemble est baptisé de l’un de ces termes qu’affectionnent les techniciens comme “trame d’accueil” ou “lotissement”. » C’est ainsi que le relogement se fait souvent dans des bâtiments neufs, pensés avec un souci de rationalité mais indépendamment du mode de vie spécifique...

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