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Des personnages et des hommes dans la ville

Géographies littéraires et sociales

Sylvie Freyermuth and Jean-François Bonnot

Les diverses facettes de la ville se donnent à voir non seulement à travers les travaux des sociologues, des historiens, des géographes, mais également à travers la littérature. En croisant ces approches, les auteurs renouvellent l’éclairage critique des notions de lieu et de non-lieu, d’habitable et d’inhabitable, d’entre-soi, de désaffiliation, ou encore d’errance. Cette approche de l’urbain fait appel aux données de la mémoire orale et s’ancre dans une histoire des traces, dans l’infra-historique et dans les représentations de la spatialité intime. La première partie du livre réévalue la place de l’individu dans les conurbations industrielles et postindustrielles. La deuxième est consacrée à l’examen des réseaux urbains et à la mise en perspective littéraire de quartiers emblématiques, alors que la troisième traite des processus « d’infection » et de « contamination » à l’œuvre dans les centres urbains et analyse les mécanismes d’innovation et de blocage sociaux et linguistiques. Dans la quatrième partie, sont examinées les frontières symboliques et la déconstruction du tissu social traditionnel dans le Montbéliard des années soixante, de même que les destinées d’un groupe d’ouvriers dans la vallée du Doubs en voie d’industrialisation ; enfin, un fait-divers criminel exemplaire éclaire les modalités de la cohabitation houleuse entre sédentaires et gens du voyage dans la seconde moitié du siècle industriel.
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Chapitre 6: Ruptures spatiales et dérives sociales

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La perte des repères traditionnels (que la fictionnalisation de l’histoire contribuait à entretenir) et le changement de perspective intervenu au tournant des années soixante, alors que s’amorce une modernisation radicale des villes, constituent des signes avant-coureurs de la mondialisation économique à venir : l’adduction d’eau est désormais généralisée, l’éclairage public se développe, l’électro-ménager entre dans les foyers avec les premiers réfrigérateurs et le poste de télévision prend place dans les « salons » des familles ouvrières ; le prêt-à-porter remplace la couturière1, les objets produits en série sont désormais anonymes. C’est l’époque où les brocanteurs écument les campagnes pour troquer bahuts et buffets traditionnels (qu’ils revendent aux notables) contre des meubles de formica, « fonctionnels et faciles à entretenir » qui « libèrent la ménagère », comme le proclamait une réclame ; de nombreuses municipalités, dans le souci de « faire moderne » et de mettre l’urbanisme au goût du jour, n’hésitent pas à mettre à bas des rues entières des centres ville qui auraient pu être réhabilitées, pour ériger barres et autres immeubles de grande taille, censés apporter hygiène, confort et qualité de vie. De ces images d’objets désormais oubliés qui « s’évanouiront toutes d’un seul coup comme l’ont fait les millions d’images qui étaient derrière les fronts des grands-parents il y a un demi-siècle, des parents morts eux aussi » (Ernaux, 2008, p. 929), ne subsistent que des...

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