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Ballon Rond et Héros Modernes

Quand la littérature s’intéresse à la masculinité des terrains de football

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Edited By Julie Gaucher

Si le sport a d’abord été considéré comme un « divertissement pour analphabètes », la littérature sportive émerge dès la fin du XIX e siècle et les collections qui lui sont dédiées se multiplient. En 1928, la Fédération française de football crée son concours littéraire. Dès la Première Guerre mondiale, les modes d’Outre-Manche s’exportent et le joueur de football devient une figure emblématique des années 1920. Avec le joueur de football, la littérature délimite les contours d’un nouvel idéal masculin. Dans les années 1970, le développement du spectacle sportif, la médiatisation des grandes rencontres et l’évidente démocratisation du sport invitent à repenser le sport comme un fait social total. La littérature ne reste pas sourde à cet appel : elle questionne les nouvelles formes du spectacle footballistique et le sens du jeu dans la société contemporaine. L’histoire du ballon rond mais également l’abondante production romanesque qui l’accompagne nous invitent à proposer ici une étude des discours littéraires sur le football et à sonder les modèles masculins qui y sont érigés.
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Introduction

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On dit à la balle de parler pour nous. Il arrive que notre pied lui dicte un cheminement qui ressemble à une jolie phrase (Dubath 2002: 66).

Sur cette moquette vivante et souple où l’on a d’instinct des pas de danse et des gestes d’artiste, […] les footballeurs écrivent dans une langue particulière des phrases peut-être incompréhensibles pour le commun des mortels, mais des phrases qui procurent une joie immense quand on en possède la clé et le sens (Crimon 2001: 134).

Balle au pied, le joueur de football s’exprime par une poétique dynamique où le mouvement se fait langage du corps et où la passe réalise une autre forme de dialogue (Vion 1977: 16). Dès 1924, Henry de Montherlant n’invite-t-il pas déjà à «prendre conscience de ce qu’il y a de poésie dans l’ensemble d’un après-midi où [l’on] a joué au ballon» ([1924] 1954: 17)? Si Roland Barthes envisage le sport comme «phénomène social et poétique» (2004: 74), romanciers et poètes lui reconnaissent parfois la force d’un «langage sublime qui dépasse les mots» (Crimon 2001: 135). Le football est alors compris comme un «langage ludique» où les «phases de jeu, sans en avoir l’air, sont déjà des phrases du livre» (ibid.). Alors que Jean-Louis Crimon utilise une paronymie pour rapprocher «phase» et «phrase», autrement dit «jeu» et «écriture», «football» et «littérature», son narrateur rêve d’«écrire un livre comme...

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