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Les États-Unis et la Société des Nations (1914–1946)

Le système international face à l’émergence d’une superpuissance

Ludovic Tournès

Bien qu’ils n’aient pas adhéré à la Société des Nations, les États-Unis ont largement participé à ses activités, jouant un rôle déterminant dans le développement des sections techniques, ancêtres des agences spécialisées de l’ONU (santé, travail, questions économiques, coopération intellectuelle). Les principaux acteurs de cette participation sont les fondations philanthropiques, notamment la Rockefeller foundation et la Carnegie endowment for international peace. Décidées à intégrer coûte que coûte les États-Unis dans le système sociétaire afin de pouvoir influer sur l’élaboration de normes internationales, les fondations sont tout au long de l’histoire de la SdN des soutiens financiers et des partenaires intellectuelles majeures. Le gouvernement américain n’est pas absent du processus : comprenant l’intérêt de ne pas rester aux portes de l’organisation internationale, il envoie des experts dans les multiples commissions créées par la SdN et soutient discrètement l’activité des fondations. La participation américaine, officieuse mais massive, contribue ainsi à remodeler dès l’entre-deux-guerres le système international.
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I. La SdN en débat aux États-Unis

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I.    La SdN en débat aux États-Unis

La Société des Nations créée en 1919 à la Conférence de la paix de Versailles est une première dans l’histoire du monde à plusieurs titres. D’abord parce qu’elle inaugure une ère où les problèmes internationaux vont se traiter au niveau mondial, dans une arène multilatérale, et non plus seulement entre puissances européennes. Ensuite parce qu’elle constitue la première tentative d’organisation d’un système international structuré agissant non seulement dans les domaines traditionnels de la diplomatie comme le règlement des questions de frontières entre les pays, mais aussi dans d’autres domaines tels que l’économie, la santé, la culture, le trafic de drogue, les réfugiés, la législation sur le travail, le droit international ou encore la prostitution et l’esclavage. Enfin parce qu’elle porte en elle l’idée que les affaires internationales doivent désormais se traiter sous l’œil de l’opinion mondiale et non plus dans le huis clos des chancelleries. Dans la genèse de cette organisation, les États-Unis, on le sait, ont joué un rôle central. Toutefois, le récit classique des débuts de la SdN est trop souvent réduit au projet wilsonien formalisé lors du Traité de Versailles puis désavoué par le Sénat américain, ce rejet ayant pour conséquence un éloignement irrémédiable des États-Unis vis-à-vis de la SdN. Or, l’histoire des débuts de l’institution est...

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