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Les États-Unis et la Société des Nations (1914–1946)

Le système international face à l’émergence d’une superpuissance

Ludovic Tournès

Bien qu’ils n’aient pas adhéré à la Société des Nations, les États-Unis ont largement participé à ses activités, jouant un rôle déterminant dans le développement des sections techniques, ancêtres des agences spécialisées de l’ONU (santé, travail, questions économiques, coopération intellectuelle). Les principaux acteurs de cette participation sont les fondations philanthropiques, notamment la Rockefeller foundation et la Carnegie endowment for international peace. Décidées à intégrer coûte que coûte les États-Unis dans le système sociétaire afin de pouvoir influer sur l’élaboration de normes internationales, les fondations sont tout au long de l’histoire de la SdN des soutiens financiers et des partenaires intellectuelles majeures. Le gouvernement américain n’est pas absent du processus : comprenant l’intérêt de ne pas rester aux portes de l’organisation internationale, il envoie des experts dans les multiples commissions créées par la SdN et soutient discrètement l’activité des fondations. La participation américaine, officieuse mais massive, contribue ainsi à remodeler dès l’entre-deux-guerres le système international.
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IV. Une politique mondiale de la santé

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IV.    Une politique mondiale de la santé

La santé est le premier domaine de l’action de la SdN dans lequel les États-Unis sont impliqués en profondeur, notamment à travers le finance­ment continu de l’Organisation d’hygiène par la fondation Rockefeller entre 1922 et 1937. La contribution américaine n’est pas seulement financière : en effet, la fondation Rockefeller a dès le début des années 1910 mis en œuvre une politique internationale de la santé publique et déployé son expertise sur les cinq continents. Dès la naissance de l’Organisation d’hygiène, elle soutient le développement de ses activités et cogère avec elle la mise en place d’un ordre sanitaire international fondé sur le développement des administrations sanitaires nationales, mais aussi sur leur mise en relation systématique afin d’harmoniser les normes mondiales en la matière. Par leurs activités respectives, mais aussi par leur coopération sur certains sujets, les deux organisations contribuent au développement de réseaux internationaux de fonctionnaires et d’experts sanitaires qui vont et viennent d’un pays à l’autre tout au long de l’entre-deux-guerres. Cette coopération n’est pas exempte de rivalité, car au-delà de leurs objectifs communs, elles ont des conceptions différentes de la santé. De ce point de vue, leur opposition recoupe plusieurs lignes de fractures : entre Américains et Européens d’abord ; entre scientifiques et administrateurs ensuite ; entre organisation privée et organisation intergouvernementale enfin. Mais au total, cette synergie concurrentielle...

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