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Lorsque le brouillard a cessé de nous écouter

Changement climatique et migrations chez les Q’eros des Andes Péruviennes

Geremia Cometti

Envisager le changement climatique du point de vue des acteurs qui en subissent les effets, tel est le pari de cet ouvrage. Les Q’eros forment une communauté transhumante établie dans la région de Cuzco (Pérou) dont la production agricole et le bétail sont significativement affectés par le changement climatique, notamment la variation du régime des pluies. Depuis une dizaine d’années, un nombre croissant de Q’eros migrent, principalement vers la ville de Cuzco. À partir d’enquêtes ethnographiques effectuées entre 2011 et 2014, cet ouvrage démontre la nécessité d’analyser la manière dont une société se représente le changement climatique afin de comprendre les interactions entre migrations et changement climatique. Par le biais d’une analyse des discours et des pratiques que les Q’eros maintiennent avec et au sein de leur environnement, cette étude révèle que la dichotomie nature–culture sur laquelle reposent les études conventionnelles des effets du changement climatique ne permet pas de rendre compte de la manière dont les Q’eros se représentent le changement climatique.
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2. Peaux cuites et peaux crues

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2.     Peaux cuites et peaux crues

Le discours anthropologique, même quand il se veut descriptif, est toujours en situation de traduire. Il assure le passage de la culture indigène à la culture de l’observateur et du lecteur. Dans une telle situation, le différent apparaît comme le lieu de la découverte : il permet le dialogue, la médiation et le compromis entre l’horizon des significations inscrites dans la culture de l’indigène et l’horizon de significations de la culture de l’observateur. Le travail de l’anthropologue ne consiste-t-il pas finalement à discerner des différences sur un fond de ressemblances ? La traduction n’est pas assimilation de l’autre à soi, mais appréciation de la distance entre soi et l’autre.

Mondher Kilani (1994 : 14).

2.1     Le grand départ

Après cette introduction sur les Q’eros, retournons à Cuzco47. Une fois mon sac préparé, j’attendais Guillermo dans mon logement. À 10 heures, nous étions dans un taxi en direction de la gare routière d’où partent les bus pour Ocongate. Santos, le beau-frère de Guillermo, s’était joint à nous. Il parlait uniquement quechua mais il possédait quelques connaissances basiques de l’espagnol. À la gare routière, Guillermo acheta une bouteille d’Inca Kola avant de prendre place dans la salle d’attente. Il ouvrit alors la ← 49 | 50 → bouteille et en jeta quelques gouttes au sol qu’il me décrivit comme « une offrande à la Pachamama, la mère terre »48.

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