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Lorsque le brouillard a cessé de nous écouter

Changement climatique et migrations chez les Q’eros des Andes Péruviennes

Geremia Cometti

Envisager le changement climatique du point de vue des acteurs qui en subissent les effets, tel est le pari de cet ouvrage. Les Q’eros forment une communauté transhumante établie dans la région de Cuzco (Pérou) dont la production agricole et le bétail sont significativement affectés par le changement climatique, notamment la variation du régime des pluies. Depuis une dizaine d’années, un nombre croissant de Q’eros migrent, principalement vers la ville de Cuzco. À partir d’enquêtes ethnographiques effectuées entre 2011 et 2014, cet ouvrage démontre la nécessité d’analyser la manière dont une société se représente le changement climatique afin de comprendre les interactions entre migrations et changement climatique. Par le biais d’une analyse des discours et des pratiques que les Q’eros maintiennent avec et au sein de leur environnement, cette étude révèle que la dichotomie nature–culture sur laquelle reposent les études conventionnelles des effets du changement climatique ne permet pas de rendre compte de la manière dont les Q’eros se représentent le changement climatique.
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3. La ville, quatrième étage écologique

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3.     La ville, quatrième étage écologique

Ce que j’ai très vite compris, c’est que l’information n’est jamais affaire gratuite.

Marc Abélès (2002 : 38)

3.1     L’assemblée de Munay T’ika

Le lendemain, j’ai profité de la matinée pour me promener dans le village presque désert. Tous les Q’eros se trouvaient alors plus bas dans la vallée pour effectuer la récolte des pommes de terre. Le soleil fait son apparition dans la vallée vers 8 heures du matin. Avant le lever du jour, la température est assez froide mais l’atmosphère change avec une rapidité incroyable. Presque tous les jours, le brouillard monte depuis la forêt tropicale humide. Il était parfois si opaque que je m’y sentais perdu parce que je ne pouvais pas voir au delà de 10 mètres. Ce matin-là, la météo étant clémente, je suis monté vers Ccolpacocho pour observer les travaux de la nouvelle maison de Toribio. Il m’expliqua qu’il était en train de construire une maison plus en hauteur car il y avait là beaucoup plus de pâturage pour les animaux qu’il n’y en avait à Charkapata. Cette information me sembla intéressante. J’avais emporté avec moi un sachet de feuilles de coca et alors que je prenais une pause, je lui demandai s’il souhaitait mâcher des feuilles avec moi en lui tendant le sachet. Toribio le saisit en me remerciant.

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