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Le Nigeria et la Suisse, des affaires d’indépendance

Commerce, diplomatie et coopération 1930–1980

Steve Page

Analyser les rapports économiques et diplomatiques entre le Nigeria et la Suisse revient à se pencher sur des mécanismes peu connus de la globalisation: ceux d’une relation Nord-Sud entre deux puissances moyennes et non coloniales. Pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigeria semblait en passe de devenir, à l’aube de son indépendance, une puissance économique continentale. La Suisse, comme d’autres pays, espérait profiter de ce vaste marché promis à une expansion rapide. Entreprises multinationales, diplomates et coopérants au développement sont au centre de cet ouvrage, qui s’interroge sur les motivations, les moyens mis en œuvre et les impacts des activités de chacun. S’y ajoutent des citoyens suisses de tous âges et de tous milieux qui, bouleversés par les images télévisées d’enfants squelettiques durant la « Guerre du Biafra » en 1968, entreprirent des collectes de fonds et firent pression sur leur gouvernement pour qu’il intervienne. Ce livre donne une profondeur éclairante aux relations Suisse–Nigeria, récemment médiatisées sur leurs aspects migratoires, ou sur les pratiques opaques de négociants en pétrole établis en Suisse.
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Chapitre IV: La coopération au développement au lendemain de l’indépendance

Chapitre IV

La coopération au développement au lendemain de l’indépendance

L’idée de développement apparaît bien avant les proclamations d’indépendance ; dans le cas de l’Empire britannique, elle semble remonter à l’aube du 20e siècle. Le Colonial Secretary Joseph Chamberlain énonce un objectif en ces termes : « developing the great estate ». Autrement dit, il souhaite rendre l’Empire capable de répondre à tous les besoins de la Grande-Bretagne en nourriture et matières premières, ainsi que veiller à ce qu’il représente le meilleur marché pour les produits britanniques.1 Le premier point de ce chapitre dresse un état des lieux du développement du Nigeria à partir de sa décolonisation. Nous expliquons aussi comment s’établit une collaboration avec la Suisse, quelle est l’attitude du Service de coopération technique créé en 1960 et quelles sont les éventuelles attentes du gouvernement nigérian. Les parties suivantes analysent les deux principales actions suisses au Nigeria durant la décennie 1960 ; à savoir, des projets liés à la formation professionnelle, l’un émanant de la société civile du canton d’Argovie et l’autre de la Fédération horlogère. Le projet argovien se réalise sans le soutien du Service de coopération technique, qui pourtant l’observe attentivement, alors que la Fédération horlogère collabore à moyen terme avec le gouvernement suisse. ← 127 | 128 →

1.   Le développement du Nigeria selon la Grande-Bretagne, le gouvernement indépendant et la Suisse

Le développement dans l’Empire et sous la Première République

En 1946, les gouvernements de l’Empire sont appelés à soumettre au Colonial Office un plan de développement sur dix ans, dans lequel doivent s’insérer tous les projets envisagés pour cette période. Globalement, l’éducation et la santé publique inspirent plus de projets que dans la période antérieure à la Seconde Guerre mondiale. Le CO attend des colonies qu’elles financent elles-mêmes un à deux tiers de leurs projets. Les territoires d’Afrique de l’Est ne reçoivent de la Métropole pas plus d’un pourcent du revenu qu’ils génèrent, alors que le Nigeria peut disposer de 3.6 %.2 Néanmoins, le plan sur dix ans pour le Nigeria comporte 24 projets financés à 43.1 % par le gouvernement britannique, et les 56.9 % restants par des fonds internes.

Parmi les projets réalisés, on compte plusieurs hôpitaux, écoles, ou une première université, qui ouvre à Ibadan en 1948. Des recherches sont entreprises dans le domaine agricole, des routes construites, et l’approvisionnement en eau et électricité quadruple. Néanmoins, selon T. Falola, seule une minorité de la population en bénéficie : « La frustration était évidente partout en 1950 : dix ans plus tard, alors que certains pouvaient citer un approvisionnement en eau et en électricité ou quelques nouvelles routes, la plupart ne pouvait rien voir du tout »3. L’Administration coloniale domine largement la formulation du plan et la consultation populaire se révèle très limitée. La critique la plus répandue porte sur le manque de coordination entre les projets, qui apparaissent bien plus juxtaposés qu’intégrés dans un ensemble.4 En 1956, chacune des trois régions du Nigeria formule un nouveau plan, largement inspiré par les conseils de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement ← 128 | 129 → [BIRD], invitée à donner son avis par les autorités coloniales. J. Ihonvbere et T. Falola dénoncent le fait que cette régionalisation encourage l’élite au repli tribal, prive la capitale fédérale de compétences et porte ainsi atteinte à la stabilité politique de la future nation.5

Les mêmes auteurs déplorent que même après 1960, la planification reste élitiste et très éloignée des aspirations populaires.6 L’économiste américain Wolfgang Stolper se voit confier par le gouvernement indépendant la supervision du Premier plan de développement national 1962-1968. Stolper avoue que la planification économique repose sur des données chiffrées pouvant sembler abstraites à la population et qu’un économiste expatrié en bref séjour ne peut exprimer autant d’empathie avec les masses qu’un anthropologue.7 Une centaine d’agences de planification se consultent et tentent de se coordonner sur ce Premier plan. Il consiste essentiellement à améliorer les transports, les domaines de l’éducation et de la santé publique.8 Au-delà de la planification, la réalisation des projets requiert aussi le concours de savoir-faire et financements étrangers.

Le plan nécessite de couvrir la moitié des dépenses par des emprunts à l’étranger. Une telle attente semble réaliste si l’on sait que la Grande-Bretagne ne prévoit pas de laisser tomber le Nigeria lors de son accession à l’indépendance. En 1959, le CO parvient à débloquer un prêt de 15 mio £ et le signataire de l’accord Lord Perth déclare : « Je suis plus que jamais convaincu que notre politique en Afrique doit se concentrer sur le Nigeria et qu’aussi bien sur le plan politique qu’économique, il représente notre meilleur choix ».9 En 1961, la Grande-Bretagne envoie 44 experts et promet d’accueillir 160 étudiants nigérians. Quant aux Etats-Unis, ils s’engagent ← 129 | 130 → dans l’éducation au Nigeria au point d’en inquiéter T.B. Williamson du CO, jugeant le modèle britannique trop différent de l’américain et désormais menacé par celui-ci.10 En ordre d’importance, le gouvernement américain représente en 1964 le second créancier du Nigeria, précédant le Royaume-Uni et suivant la BIRD.11 Les crédits sous forme de garantie contre les risques à l’exportation compensent ensuite en partie la retenue des gouvernements, qui semblent perdre confiance en la stabilité politique du Nigeria. Finalement, la totalité des fonds disponibles ne permet de réaliser que peu de projets annoncés dans le Premier plan national.12

Premières réflexions pour une coopération suisse

La vague d’indépendances africaines lancée en 1957 provoque une institutionnalisation de l’aide publique au développement dans de nombreux pays industrialisés.13 Au cours de la décennie suivante, nombre d’entre eux connaissent, à des degrés divers, des mouvements sociaux contestataires qui culminent souvent en 1968. René Holenstein parle d’une évolution des mentalités suisses à travers un ébranlement de la vision eurocentriste et d’un processus de globalisation incitant à ressentir une responsabilité commune pour le destin de la planète. La création de l’ONG « Œuvre d’assistance pour les régions extra-européennes » s’inscrit dans ← 130 | 131 → un tel contexte.14 Le gouvernement suisse, dès 1950, finance de petits projets d’aide au développement par la voie bilatérale et verse une contribution au programme de coopération technique des Nations Unies. La compétence officielle pour l’aide au développement passe du Département de l’économie publique au Département politique en 1960, à travers la création du Service de coopération technique.15 Le gouvernement suisse considère désormais le développement comme un thème incontournable de la politique internationale. Mais, que l’aide puisse être octroyée à des fins de propagande politique devient une question controversée.16

En mai 1960, le délégué à la Coopération technique Hans Keller cherche à savoir quel type de projet son service pourrait réaliser au Nigeria. Il estime que l’absence de colonies et la qualité de ses réalisations administratives et techniques valent à la Suisse un préjugé favorable en Afrique. Les impressions de voyage d’Edwin Stopper offrent quelques pistes ; elles mentionnent un besoin de capital et suggèrent de développer une industrie métallurgique. En précisant que la Suisse ne dispose que de peu de moyens, H. Keller consulte désormais le consul à Accra Eduard Brügger, auquel le vice-consul à Lagos Fritz Hofer est subordonné. Celui-ci souligne la difficulté d’entreprendre quoi que ce soit avec peu de moyens dans un pays de quarante millions d’habitants, et recommande de contacter l’UNICEF, représentée en Afrique par le citoyen suisse Charles A. Egger. La réponse provenant d’Accra indique d’élargir la consultation à l’ensemble de la colonie suisse. D’ailleurs, l’Union Trading Company17 a pris les devants en discutant avec C. A. Egger de l’opportunité d’un cadeau ← 131 | 132 → d’indépendance sous forme d’assistance technique. E. Brügger se réjouit qu’une telle collaboration puisse offrir une discrétion politique en évitant de draper l’offre dans les couleurs nationales.18 Ces quelques réflexions et sondages du gouvernement suisse sur le contexte nigérian apparaissent très superficiels, surtout au regard de l’attention et de l’enthousiasme montrés envers le Rwanda.19

Même si F. Hofer estime la situation urgente, qu’un tournant de la Guerre froide puisse se jouer en Afrique et que l’Ouest n’a donc pas le droit de la décevoir, il met en garde contre un enthousiasme aveuglant qui ferait oublier de consulter les destinataires de l’aide : « Il sera important que les destinataires soient consultés, qu’ils aient leur mot à dire lors du choix, puis aussi de la mise en œuvre des projets ».20 L’idée est vaguement reprise par la Coopération technique dans sa demande de crédit en 1964, lorsqu’elle s’engage à suivre treize principes, dont le premier : « Toute aide est attribuée d’accord avec le gouvernement de l’Etat récipiendaire ».21 Cependant, le message ne précise pas s’il faut consulter préalablement ce « récipiendaire » sur ses besoins, ou alors lui soumettre un projet clé en main.

L’idée des bourses d’études

Le chargé d’affaires à Lagos Heinz Suter sonde le gouvernement nigérian, en se tournant d’abord vers le Secrétariat fédéral des bourses, puis vers le Ministère des affaires étrangères. Le premier propose d’insérer une offre de bourses dans la presse, ce qui ne convainc guère Suter, craignant une avalanche de candidats, alors que le Ministère suggère de lui faire parvenir une offre écrite mentionnant le nombre de bourses et les critères de ← 132 | 133 → sélection. En effet, l’ambassade de Suisse projette des bourses couvrant six à douze mois de formation dans l’agriculture, l’hôtellerie, la banque ou divers secteurs techniques.22

Cette orientation vers les bourses d’études repose d’une part sur les réflexions des observateurs suisses qui mentionnent à l’unanimité un besoin de savoir-faire, et d’autre part sur le consensus adopté à Berne par la Coopération technique, décidant d’accorder la priorité à l’envoi d’experts et à la formation.23 Mais une offre de bourses au Nigeria préoccupe les fonctionnaires suisses, tout d’abord pour des raisons financières. La Coopération technique promet cinq bourses à la mission économique dirigée par le ministre des Finances F. Okotie-Eboh, de passage en Suisse en octobre 1961. Ce nombre, toutefois inférieur à celui espéré par la délégation, pose un problème de répartition, dans le sens où les autorités suisses n’entendent distribuer qu’une soixantaine de bourses aux 150 pays en voie de développement qu’elles dénombrent. D’où le collaborateur Rémy Godet proposant de n’en octroyer que deux ou trois par année au Nigeria, et si possible pas cinq d’un coup. Une telle suggestion ne manque pas d’exaspérer l’ambassadeur Bucher, qui estime – en mentionnant les 41 demandes de bourses parvenues à l’ambassade en l’espace de quatre mois et les 119 que l’Allemagne vient d’offrir – plus honnête pour la Suisse de ne rien promettre plutôt que de manquer à sa parole.24 Outre son manque de moyens, la Coopération technique évoque une pénurie de places dans les centres de formation ainsi que des capacités d’hébergement réduites en Suisse.25

Sachant qu’à ces obstacles s’ajoute le facteur linguistique, le collaborateur Erich Messmer en vient à proposer d’offrir des bourses sur place.26 Si l’idée ne déplaît pas à l’ambassadeur Bucher, celui-ci relève qu’elle ← 133 | 134 → n’enchante guère les étudiants de l’Université d’Ibadan. Ils estiment que les places et les bourses d’études au Nigeria suffisent, et soulignent qu’un séjour aux Etats-Unis ou en Europe représente le rêve de chaque étudiant nigérian, qui peut ainsi améliorer ses perspectives d’avenir. De ces réactions, Bucher conclut que la formule des bourses sur place ne permettrait pas à la Suisse d’obtenir la reconnaissance habituellement souhaitée. Puis, constatant la sous-occupation générale des universités nigérianes due à une scolarisation insuffisante, Bucher vient à mettre en cause l’utilité de bourses universitaires en général et propose de n’entrer en matière que sur des requêtes précises du gouvernement.27 Le responsable des bourses au Ministère nigérian des affaires étrangères Dr. Ifeagwu rejoint l’avis de Bucher, selon qui le besoin de former des cadres moyens prime sur celui d’études universitaires.28 Bucher recommande de n’exclure aucune option pour autant, mais que la Suisse se limite aux domaines où elle excelle, comme la médecine ou diverses branches techniques. Quant aux ministères nigérians des Affaires étrangères et de l’Éducation, ils insistent sur l’utilité des bourses universitaires, soulignant que le peu d’étudiants admis dans les universités ne peuvent souvent financer que leur première année.29 Globalement, la Coopération technique reste favorable au principe des bourses sur place. Et à propos de l’éventuelle ingratitude de boursiers déçus de rester au pays, le collaborateur R. Godet souligne que :

dans la perspective suisse, il ne s’agit pas uniquement de distribuer des bourses, mais d’inscrire notre aide dans une action « sui generis » que nous préférons limiter quant à son ampleur pour être à même de travailler en profondeur. Ainsi, nous attachons beaucoup de prix à ce que les bourses sur place soient dûment marquées du sceau de la Suisse. Nous demandons à nos chefs de poste de suivre les boursiers, de contrôler leur formation et d’organiser à leur intention des conférences sur notre pays.30

En janvier 1963, 600 étudiants de l’Université d’Ibadan annoncent l’abandon de leurs études qu’ils ne peuvent plus financer. Plusieurs représentations étrangères apportent leur soutien suite au refus du gouvernement ni ← 134 | 135 → gérian d’entrer en matière ; il considère que les études relèvent de la sphère privée et que lui seul peut décider dans quelles circonstances il octroie des bourses. Seulement, l’ambassade de Suisse ne dispose pas de fonds pour ce genre de situation et G. E. Bucher suggère de remettre – dans ce but précis – un chèque au Ministère des affaires étrangères. Le délégué Hans Keller rappelle que la Suisse n’a pas les moyens des plus grands pays, et qu’elle n’entend pas se lancer dans une action sans l’avoir soigneusement examinée.31 De plus, la Coopération technique tient à tirer un bilan de l’expérience lancée au Congo avant de concrétiser quelque action au Nigeria.32 L’affaire est close.

A l’idée des bourses sur place s’ajoute une alternative énoncée par le gouvernement nigérian, qui consiste à diriger l’offre vers des étudiants séjournant en République fédérale d’Allemagne. Leur nombre se monte à 200 et le gouvernement se dit prêt, par le biais d’une circulaire, à les inviter à postuler. Le délégué Hans Keller exprime de l’enthousiasme face à cette option qui lève l’obstacle linguistique et facilite l’acclimatation.33 De même, l’ambassadeur de Suisse à Vienne Beat von Fischer annonce que quatre Nigérians fuyant des manifestations d’étudiants à Sofia lui ont fait part de leur désir de poursuivre leur cursus en Suisse. En attendant, ils suivent déjà des cours d’allemand. Le secrétaire général du DPF Pierre Micheli salue l’opportunité de leur offrir un réconfort occidental suite à une expérience décevante à l’Est.34 Il semble pourtant qu’aucun des deux projets ne voie le jour.

A la fin de l’année 1963, tant de discussions sont restées stériles et la Suisse n’a pas clarifié sa position. Si pour la prochaine année académique, ← 135 | 136 → la Coopération technique ne prévoit aucune bourse en faveur du Nigeria, le chargé d’affaires à Lagos Jean Zwahlen estime nécessaire de préciser aux autorités que malgré tout, la Suisse reste « prête à étudier les demandes vraiment valables qui pourraient lui être présentées ».35

Outre les demandes venant directement d’étudiants, l’ambassade de Suisse est quelquefois sollicitée par le gouvernement nigérian, et pas seulement pour des bourses. A plusieurs demandes d’enseignants, la Coopération technique objecte un manque de candidats compétents – ou du moins maîtrisant l’anglais – en Suisse. C’est le cas lorsque le Ministère de l’éducation désire recruter des enseignants pour instituts techniques, ou pour des cours de dactylographie au Federal Training Center, ou encore quand l’Université d’Ibadan recherche un professeur de français et d’allemand et souhaite des bourses pour permettre à ceux qui étudient ces langues de séjourner en Suisse. Sur ce sujet précis, la Coopération technique rappelle que l’enseignement des langues au niveau universitaire ne fait pas partie des priorités du programme de son service.36

Initiatives privées, expertises et occasions manquées

Quant à la coopération sur le plan médical, notamment envisagée par l’ambassadeur Bucher et souhaitée par le ministre de la Santé Pategi, elle ne se heurte pas uniquement à un manque de médecins suisses candidats. La Coopération technique prend en janvier 1964 une décision de principe : l’aide médicale ne relève pas de son service, mais des œuvres humanitaires, dont est chargée la Division des organisations internationales. Or, le budget de celle-ci est déjà totalement engagé dans d’autres actions.37 ← 136 | 137 →

Le gouvernement nigérian désire collaborer avec la Suisse dans le but d’établir une institution similaire au Laboratoire fédéral pour l’essai des matériaux [EMPA]. Le contact avec l’ambassade de Suisse s’établit par le biais de l’industriel O. F. Leibu, qui détient depuis les années 1940 un diplôme d’ingénieur de l’Ecole polytechnique de Zurich, et s’apprête à étendre ses activités jusqu’en Suisse. Selon l’ambassadeur Bucher, O. F. Leibu a convaincu les Nigérians que l’EMPA représente ce qui se fait de mieux au monde dans ce domaine. 69’000 £ du budget sont réservés pour ce projet qui dépend du Ministère de la défense. Son secrétaire général Sule Kolo, en quête de conseils et d’expertises, rencontre Eduard Amstutz, directeur de l’EMPA. Le délégué Richard Pestalozzi motive la non-entrée en matière de son service par l’ampleur d’un tel projet, pour lequel la Suisse devrait en rester à un geste symbolique, pour éviter la dispersion des moyens et des attentes irréalistes.38 Ce même argument de la taille revient à propos d’une éventuelle participation à un projet du Bureau international du travail [BIT] pour la promotion de l’emploi rural dans l’Ouest du Nigeria.39

Un projet basé sur une collaboration avec la Suisse voit le jour en dépit du refus de la Coopération technique. Le gouvernement de la région Est tente de mettre sur pied un centre de production cinématographique. Suite à l’échec d’un partenariat avec la Grande-Bretagne, le premier ministre Michael Okpara songe à obtenir une aide du gouvernement suisse et Günter Sumi, maître d’apprentissage chez UTC à Enugu, se propose comme directeur d’un tel centre. Bien que la question du recrutement soit quasiment réglée, la Coopération technique considère la dépense trop élevée et soupçonne que les films puissent véhiculer la propagande du gouvernement régional.40 Selon Sumi, l’établissement aurait surtout ← 137 | 138 → une vocation éducative en assurant une production en langues natives et donc accessible à toutes les couches de la population, alors que la diffusion des films des Nations Unies est limitée au public anglophone. Sumi ne précise pas dans quelle langue native, mis à part l’igbo, les films seraient susceptibles de sortir. La Coopération technique, en exprimant sa crainte d’offrir une plate-forme de propagande à la région Est, ne prend pas en compte que l’Ouest possède sa propre chaîne de télévision dès 1959.41 Si le délégué August Lindt finit par reconnaître le potentiel éducatif du Centre et propose que son Service prenne en charge le salaire de Sumi sur deux ans, son offre ne correspond pas aux attentes des concepteurs du projet, qui espèrent cinq bourses. Finalement, deux membres du Ministère de l’information de l’Est séjournent cinq semaines à Berne dans le laboratoire Schwarz Filmtechnik Gmbh, dans le but de produire quatre films. En 1966, le même laboratoire accueille deux stagiaires pour une durée de six mois.42 Les sources de financement ne sont pas connues.

Le Partnership Aargau-Nigeria, sur lequel nous reviendrons, se réalise sans que la Coopération technique ne soit sollicitée. De même, la Fondation suisse d’assistance au développement technique met à disposition du gouvernement de la région Nord, sur une première période de trois ans, deux électromécaniciens pour la Government Technical Training School à Bukuru.43 Puis, lorsque huit Nigérians recommandés par le directeur suisse de l’Hôtel Presidential à Enugu A. M. Furrer se préparent à un stage de formation hôtelière à Leysin financé par l’Eastern Nigeria Development Corporation [ENDC], le collaborateur Rochat recommande d’observer discrètement l’expérience. Si elle s’avère positive, il propose que la Co ← 138 | 139 → opération technique envisage d’étendre son aide à « des pays de l’Afrique noire […] pour lesquels le secteur du tourisme représente un facteur important de leur équilibre économique ».44

Le premier expert envoyé au Nigeria par la Coopération technique est l’ingénieur forestier A. Huber, qui dirige un cours international de bûcheronnage organisé par le BIT et la FAO, à Ibadan, en 1962. A. Huber tire un bilan entièrement positif de l’expérience, soulignant que ce fut l’occasion d’enseigner des techniques rationnelles et de mettre à jour l’outillage de bûcherons qui travaillaient dans des conditions d’un autre âge. La Coopération technique accepte aussitôt sa proposition d’offrir cinq bourses pour un perfectionnement en Suisse. D’entente avec le Director of Forest Research, A. Huber opère un choix de candidats à transmettre aux autorités nigérianes compétentes.45 Mais l’affaire en reste là. Au même moment, Emmaüs Suisse prévoit d’apporter un soutien financier à un centre de formation agricole pour la réinsertion de lépreux, projeté par la Church Missionary Society [CMS] et le gouvernement de la région Est. Ce centre s’établit en extension des infrastructures médicales pour lépreux existant à Oji River dès 1945. Avant d’effectuer son versement, Emmaüs souhaite tirer au clair la nature du projet et la Coopération technique délègue dans ce but un de ses collaborateurs, l’ingénieur en agronomie Peter Wiesmann, pour un séjour de deux semaines. Ses rapports satisfont pleinement Emmaüs, qui engage les fonds prévus. Le 1er août 1964, suite au désistement de l’ambassadeur G. E. Bucher à la cérémonie d’inauguration pour cause de fête nationale, Günter Sumi de UTC y représente la Suisse.46 L’envoi d’un expert à Oji River, tout comme au cours de bûcheronnage, n’est pas précédé de longues discussions. Dans ces deux cas, la brièveté de l’engagement, malgré l’importance du rôle joué par ces experts, apparaît décisif. ← 139 | 140 →

De façon aussi expéditive, la Coopération technique décide de financer le séjour de cinq infirmières volontaires à l’hôpital de la Mission de Bâle, pour des périodes souvent supérieures à deux ans. Basée sur le volontariat, cette action s’apparente à un système de bourses, dont le versement s’échelonne sur cinq ans et le montant correspond environ à la moitié d’une rémunération d’expert.47 L’expérience positive de collaboration avec la même mission pour une école d’infirmières au Ghana joue vraisemblablement en faveur de l’hôpital de Ngoshie.48 Durant la Première République, le gouvernement fédéral nigérian forme une partie de ses diplomates au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande et en Suisse.49 L’expérience suisse fait suite à une offre adressée par l’Institut africain de Genève au Ministère nigérian de l’éducation, en 1961. Celui-ci tarde à proposer des candidats et hésite à prendre en mains ce qui lui semble relever des Affaires étrangères.50 Finalement, l’affaire parvient à l’ambassadeur Bucher qui convainc la Coopération technique de financer le séjour et la formation de dix fonctionnaires à Genève, sur une période de six mois. Le gouvernement nigérian prend en charge les frais de déplacement.51 ← 140 | 141 →

Attitude de l’ambassadeur et attentes nigérianes

Aux yeux de l’ambassadeur de Suisse à Lagos Fritz Real, les quelques actions de son gouvernement représentent peu de choses. Si bien qu’en mars 1967, il énumère plusieurs refus qu’il a déjà dû communiquer et suggère à la Coopération technique d’accéder à la demande de techniciens suisses transmise par le Ministère de la communication, qui s’engage à les rémunérer.52 Le Nigeria glisse à ce moment vers la guerre civile, qui va éclipser la discussion sur la coopération au développement. Cependant, le West African Pilot publie en septembre 1969 l’article anonyme « Aspects of Swiss Technical Assistance ».53 La perspective bilatérale Suisse-Nigeria n’y est étonnament pas abordée. Mais la précision des informations, l’insistance sur un idéal suisse d’action minimale de l’Etat, ou sur la facilité de la France et de la Grande-Bretagne à transformer un budget colonial en aide au développement, donnent à l’article un ton justificatif et laissent le lecteur émettre l’hypothèse que l’ambassade de Suisse n’est pas étrangère à la rédaction de cet article.

Le déploiement de la coopération au développement, jugée trop faible par Fritz Real, dépend de la conception qu’on en a. Selon le conseiller fédéral Jean Bourgknecht, la contribution de la Suisse au plan nigérian de développement inclut les relations financières avec la Banque mondiale, et il appelle à ne « pas oublier les efforts fournis par notre économie privée qui ont été très utiles aux deux parties ». Le ministre nigérian des Finances F. Okotie-Eboh, à qui ces propos s’adressent, reconnaît certes une nécessité de l’aide au développement, notamment pour la transmission de savoir-faire, mais met en cause le protectionnisme des pays industrialisés.54 ← 141 | 142 → Ce point de vue est partagé par le général Johnson Aguiyi-Ironsi55, qui en fait part à Fritz Real : « Nous avons toujours dit qu’aucun pays ne peut baser son développement sur la générosité d’autres pays ». Selon lui, la meilleure contribution possible des nations industrialisées consiste à abolir leurs barrières aux importations pour permettre au Nigeria de financer ses plans de développement par ses bénéfices commerciaux. Le Général exprime donc le souhait d’une croissance des échanges commerciaux avec la Suisse.56 Enfin, un éditorial du New Nigerian, quotidien proche du second gouvernement militaire, juge l’aide étrangère comme un facteur de dépendance et met également en cause le protectionnisme.57

2.   Partnership Aargau-Nigeria

Quelques mois avant l’indépendance, le premier ministre de la région Est Michael Okpara séjourne au Royaume-Uni et en Suisse, avant tout à la recherche de soutien pour le développement de sa région. A sa sortie de l’usine Brown Bovery, deux membres du Parlement des jeunes d’Argovie l’approchent et lui promettent leur soutien pour la création d’un centre de formation professionnelle dans son pays. Dans ce but, le Parlement des jeunes entreprend une collecte dont la moitié des gains doit permettre à quelques Nigérians d’effectuer un stage dans diverses industries métallurgiques, optiques ou textiles du canton. En 1963, huit personnes saisissent l’opportunité et passent douze à dix-huit mois en contact étroit avec la population locale. La presse argovienne rapporte des impressions très positives de l’expérience, aussi bien de la part des enseignants, des familles hôtes que des apprentis. Un article précise que dès leur retour, les huit participants occupent des places d’enseignants dans des centres de ← 142 | 143 → formation professionnelle de leur région.58 Trois aspects de ce partenariat se révèlent atypiques : d’abord, la nature et la dimension de la mobilisation régionale ; puis le rôle marginal joué par l’Administration fédérale suisse, et enfin le caractère exclusif et transnational du projet, c’est-à-dire qu’il implique deux régions plutôt que des nations.

Une action populaire avec un large soutien régional

En 1960, près d’une année après sa fondation, le Parlement des jeunes d’Argovie appelle à une plus grande contribution de la Suisse à l’aide au développement59 et s’exprime en faveur de son adhésion au Conseil de l’Europe. Selon un « jeune député », un des objectifs consiste à aider les pays sous-développés menacés par le communisme et leur offrir une alternative à la « culture Coca-Cola ».60 En conséquence, le Parlement établit une commission pour le développement technique, qu’il charge de monter un projet.

La présence de Michael Okpara ayant offert une opportunité d’action et esquissé des lignes directrices, les initiateurs organisent une conférence pour annoncer leur projet. Parmi les orateurs, un représentant des étudiants nigérians exprime sa gratitude pour l’aide promise à son pays. Tout en publiant un reportage sur la conférence, un journal argovien organise un coucours de dessin pour enfants sur le thème « Neger ».61 Suite à l’assentiment du gouvernement cantonal d’Argovie pour procéder à la collecte, des personnalités des milieux politique, économique, religieux et éducatif forment une entité nommée Aktion Nigeria qui diffuse 100’000 brochures auprès des habitants du canton et place des tirelires dans 1’400 commerces. La somme ainsi récoltée permet à huit Nigérians de la région Est de se rendre en Argovie en 1963.62 ← 143 | 144 →

A ce moment, les citoyens argoviens ne semblent pas habitués à la présence d’Africains. C’est sans doute pour cette raison que les initiateurs décident de préparer soigneusement l’arrivée des quelques apprentis, en informant la population à propos de la mentalité nigériane et africaine. Dans ce but, ils publient une liste de douze points généraux, suivis de conseils plus spécifiques à l’intention des employeurs et ouvriers ou des familles d’accueil. Le premier point consiste à avertir que « les Nigérians sont différents de nous » par leur origine, leur histoire, etc. Puis, il est précisé que l’Africain se met davantage à l’écoute de l’émotion que de la raison et que sa forte religiosité requiert compréhension et tolérance. Sa nature se révèle surtout joviale, d’où une empathie bienvenue pour les enfants, mais aussi une audace envers les femmes, qui ne devraient pas se montrer trop provocantes. En plus de ces distinctions entre mentalités africaine et suisse, le document invite à considérer les apprentis en tant qu’égaux à soimême et non comme appartenant à une « race » différente. A une telle idée d’égalité dans la diversité, s’adjoint une mise en garde contre la généralisation ; les employeurs et ouvriers sont appelés à observer un comportement exemplaire, car les Nigérians pourraient étendre toute expérience négative au peuple suisse tout entier, ou même à la « race blanche ». A leur tour, les apprentis sont avertis que « dans chaque pays il y a des gens cultivés, raffinés ou discourtois ; la Suisse n’y fait pas exception ».63

Ces quelques ambiguités sur le concept de race doivent être placées dans le contexte du débat engagé dans la période d’après la Seconde Guerre mondiale. Avant d’être complètement rejeté en tant que concept biologique, « race » est dans un premier temps remplacé par la notion « largement préférable » de « groupe ethnique », qui n’en est qu’un substitut.64 Malgré l’engagement du débat dans les années 1960, une confusion générale se fait encore tenace.

Certaines intentions des organisateurs dépassent l’enseignement professionnel dans une atmosphère amicale ; par exemple, les apprentis devraient expérimenter le lien existant entre travail, salaire et niveau social ; ← 144 | 145 → ou encore, comprendre la structure de la « civilisation » suisse, son économie libre et le principe d’Etat constitutionnel. Ces idées se rapprochent de l’image que la Suisse transmet habituellement par ses moyens de propagande, tel Pro Helvetia.

« Nous avons bien et beaucoup appris ». Cette déclaration d’un apprenti nigérian après son séjour en Argovie sert de titre à un article couvrant une page entière du journal Badener Tagblatt et tirant un bilan du projet. D’après cet article, l’adaptation culturelle se révéla difficile au début, mais tout finit par très bien se passer. Les enseignants parlent d’un fort intérêt des Nigerians pour le détail, ce qui ne peut être critiqué mais a demandé une large disponibilité. L’appréciation globale du projet se révèle positive, aussi bien du point de vue professionnel que social. Le même article souligne que ce succès repose sur une solidarité populaire se passant d’un grand soutien de l’Etat, d’une commission nationale ou autre entité bureaucratique, et que le projet s’est construit sur une initiative privée et efficace.65

A partir de 1960, un intérêt croissant de l’opinion publique pour le thème du développement en général et une multiplication des initiatives peuvent être observés.66 Bien que les initiatives privées se multiplient, il s’agit surtout de collectes pour des projets en cas d’urgence à l’étranger plutôt que d’entreprises incluant des stages en Suisse avec une dimension culturelle comme celle de Partnership Aargau-Nigeria. Toutefois, même si le projet se réalise sur la base d’une initiative locale et privée, il faut savoir que son déroulement éveille quelque peu l’attention de l’Administration fédérale suisse.

La visite de Michael Okpara ne revêt pas de caractère officiel, car il ne peut être reconnu comme chef d’Etat du moment que le Nigeria est encore une colonie et d’autre part, Okpara ne porte qu’un mandat régional. Malgré tout, le Service de coopération technique ne manque pas de se tenir au courant et d’informer son département sur les attentes et impressions d’Okpara, qui exprime surtout un besoin de soutien financier, de transmission de savoir-faire – qui peut être satisfait par l’envoi d’experts ← 145 | 146 → suisses – et le développement d’une formation professionnelle. Bien que la personne consultée en priorité à propos de l’aide à apporter au Nigeria soit le vice-consul suisse à Lagos Fritz Hofer, un autre fonctionnaire est aussi écouté ; il s’agit d’Edwin Stopper. Tous deux expriment leur vision sur l’aide au développement pouvant être apportée au Nigeria lors de la conférence annonçant publiquement le projet PAN.

Edwin Stopper, économiste, a œuvré durant plus de vingt ans dans le secteur bancaire, les unions patronales et le commerce d’exportation aussi bien au niveau privé que public.67 Son mandat de délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux l’amène à être désigné pour parcourir l’Afrique de l’Ouest en vue de définir la position que la Suisse devrait adopter vis-à-vis des pays au seuil de leur indépendance. Se basant sur les entretiens obtenus avec diverses personnalités nigérianes, il estime que ce nouveau pays nécessitera surtout des investissements, ainsi que l’aide de l’étranger pour développer son éducation, son agriculture et son administration.68

Il explique que « l’Africain » vient de sortir de l’enfance grâce à l’éducation européenne et réclame désormais son indépendance. Cherchant un moyen de surmonter les défis, le communisme peut lui apparaître comme un système attractif ayant montré des résultats positifs en Russie et en Chine. Selon Stopper, l’importance de l’Afrique dans la politique internationale ne repose pas tant sur son poids économique, mais plutôt sur le fait qu’elle représente un laboratoire pour tester les influences idéologiques de l’Est comme de l’Ouest. Il estime que le continent restera dépendant, du moment qu’il ne peut pas se développer en restant seul et isolé. La Suisse devrait coordonner son aide publique et privée avec celle de l’Europe, précisant que les priorités résident dans la formation et la transmission de savoir.

Des impressions d’Edwin Stopper sur le Nigeria en particulier ressort un optimisme immodéré, la conviction que le pays se prépare à une harmonieuse transition vers l’indépendance, qu’il suivra une politique conservatrice favorable à l’Ouest et affichera son scepticisme face au panafricanisme, ce qui devrait lui permettre de se développer lui-même avant ← 146 | 147 → de vouloir exercer un quelconque leadership sur ses voisins. Ces prévisions correspondent à l’idée alors largement répandue selon laquelle le Nigeria devrait connaître le développement économique le plus rapide de l’Afrique de l’Ouest. Bien que Stopper mentionne brièvement les trois régions qui composent le pays, il ne fait aucune allusion aux antagonismes et déséquilibres qu’elles connaissent. Globalement, il appelle l’Europe et la Suisse à aider l’Afrique de l’Ouest avant que les communistes ne le fassent.69 Le discours prononcé par Stopper lors de la conférence à Aarau reprend ce point de vue, soulignant que les pays de l’Ouest, à travers la colonisation, se sont rendus responsables du complexe d’infériorité ressenti par les Africains et qu’ils doivent désormais se racheter. Stopper considère le choix du Nigeria comme pertinent, prétendant que celui-ci ne subit pas la moindre influence communiste et qu’en tant que pays africain le plus grand et ayant le plus fort potentiel de développement, il pourra représenter un modèle pour de plus petits.

Le prochain orateur de cette conférence est Fritz Hofer, vice-consul de Suisse à Lagos, qui insiste sur la part de responsabilité de son pays. Il confesse que parmi ses compatriotes, certains se sont mal comportés en Afrique, traitant les natifs avec paternalisme. Ceux-ci auraient désormais perdu la dévotion qu’ils montraient autrefois pour les européens ; c’est pourquoi il serait temps de reconstruire une relation basée sur la solidarité et la fraternité. Dans ce sens, le projet PAN serait utile car il inclut non seulement l’enseignement technique, mais revêt aussi une dimension humaine favorisant la confiance mutuelle.

Malgré elle, l’Administration suisse reste en marge

Stopper et Hofer soutiennent tous deux le projet en tant que diplomates suisses avec expérience en Afrique. Alors que le Service de coopération technique se trouve encore dans une phase d’organisation, il faut relever que son chef Hans Keller insiste sur le besoin de coordination avec d’autres ← 147 | 148 → entités. Lorsqu’il apprend la création du comité PAN, il déclare au chef du Département politique Max Petitpierre que la tâche de l’Etat s’avérerait compliquée si chaque canton mettait sur pied un tel comité. Son service reste désormais en marge du projet. Selon Hofer, les candidats doivent être sélectionnés par un jury composé de l’ambassadeur, d’un représentant d’une entreprise suisse active au Nigeria et d’un représentant du Centre de commerce70. Le financement est assuré par une collecte en Argovie et une contribution du gouvernement cantonal, alors que les entreprises hôtes s’engagent à payer un petit salaire.71

Hans Keller n’est pas seul à se soucier d’un éventuel manque de coordination. L’ambassadeur de Suisse à Lagos G.E. Bucher fait état d’un problème mentionné par le gouvernement nigérian : des offres d’aide multilatérale, bilatérale et privée s’accumulent à Lagos alors que le personnel nécessaire pour leur évaluation n’est pas disponible. Parmi tous ces initiateurs, Bucher estime que le Parlement des jeunes d’Argovie fait certes preuve de bonnes intentions, mais il exprime en même temps ses doutes à propos de cette « aide éparpillée » et pense qu’il serait plus judicieux de se concentrer sur les larges projets multilatéraux des Nations Unies.

Le problème de coordination est à nouveau mentionné par la mission économique nigériane visitant la Suisse en 1961. Les délégués insistent sur le fait que leur gouvernement fédéral doit être informé de toutes les offres d’aides. Dans le cas de PAN, aucun des gouvernements fédéraux suisse ou nigérian n’est informé officiellement du déroulement du projet, si bien que Hans Keller demande lui-même au Comité PAN de lui accorder une entrevue. A cette occasion, Keller prétend clairement que les pays étrangers ne discernent pas les offres privées ou nationales et que dans ces deux cas, la Suisse entière se trouve engagée. Le Comité accepte de rédiger un rapport à l’intention du gouvernement fédéral nigérian.72

Ce rapport révèle certains désaccords entre le Comité et le Service de coopération technique, à propos, par exemple, de leurs différentes ← 148 | 149 → conceptions de l’aide au développement. Alors que le Comité s’étend sur les bienfaits d’une formation à l’étranger pour les Africains et les problèmes causés par l’envoi d’experts suisses, Keller estime que la formation sur place devrait être favorisée, permettant d’éviter les difficultés d’adaptation culturelle et linguistique.73 Cela dit, le projet PAN crée un embarras supplémentaire.

Collaboration avec le Nigeria ou sa région Est ?

Comme le projet porte le nom Partnership Aargau-Nigeria, il semble se référer à une coopération entre un canton suisse et le Nigeria tout entier, bien qu’il s’agisse de son unique région Est. L’ambassadeur de Suisse à Lagos Bucher déplore que le fédéralisme ne soit pas pris en compte. Selon lui, les initiateurs de PAN ne réalisent pas qu’il sont entrés en contact avec le seul premier ministre de la région Est sans avoir tenu compte des autorités nationales. Susceptible d’être perçue comme favoritiste, cette forme d’aide pourrait même s’avérer dangereuse.74 Il faudrait selon Bucher observer la plus grande prudence envers les ministres des deux autres régions, qui pourraient attendre de PAN une action similaire en leur faveur. C’est pourquoi il propose d’envoyer le rapport exclusivement aux trois ministres fédéraux originaires de la région Est.75 Cette conscience des antagonismes existant entre les régions nigérianes, bien qu’elle ne semble pas acquise par Edwin Stopper, l’est indiscutablement par d’autres diplomates suisses tels Bucher, Armin Däniker, le représentant suisse à Londres, et son conseiller Erwin Bernath.76

Lorsque le projet s’achève en 1964, le quotidien argovien Badener Tagblatt77 n’est pas le seul à le qualifier de succès. Le collaborateur de l’ambassade de Suisse Jean Zwahlen rencontre les apprentis qui aterrissent à Lagos ← 149 | 150 → sur leur chemin du retour à Enugu, et rapporte que « cet entretien qui a porté sur les expériences personnelles et professionnelles de chacun a dégagé une impression d’enthousiasme et de respect que ces jeunes Nigérians nourrissent envers nos compatriotes en général, nos institutions et notre industrie ». Zwahlen souligne que tous ont déjà été engagés comme enseignants par leur gouvernement – sans préciser s’il désigne les autorités nationales ou régionales, – et que « la Suisse a fait là œuvre utile qui portera des fruits ».78

Les initiateurs de PAN, issus du Parlement des jeunes d’Argovie, d’Eglises chrétiennes et de divers autres milieux, entre autres éducatif, ne représentent pas les acteurs habituels des relations internationales de la Suisse, dont les diplomates sont plus habitués à traîter avec leurs compatriotes marchands. Ceux-ci recourent régulièrement aux services des consuls de Suisse pour développer leurs activités à l’étranger, alors que le comité PAN cherche uniquement à entrer en contact avec le gouvernement cantonal dans l’espoir d’une aide financière. Deux fonctionnaires fédéraux soutiennent fermement le projet, mais il faut souligner que leur champ d’activité s’étend au-delà de l’Administration fédérale.

A l’instar d’Edwin Stopper qui opère dans une zone grise entre les secteurs économiques public et privé, Fritz Hofer n’assure pas le seul mandat de consul de Suisse à Lagos, mais aussi celui d’agent général de UTC au Nigeria. Leur attitude envers le projet PAN n’est donc pas uniquement motivée par leurs charges de fonctionnaires, mais aussi par une expérience personnelle. Par contre, l’ambassadeur de Suisse à Lagos Bucher, qui se montre plus critique, est un juriste ayant développé sa carrière dans le seul corps diplomatique. Durant les années 1960, le gouvernement suisse professionnalise sa diplomatie dont le champ d’activité s’élargit au-delà de la simple assistance aux commerçants.

Même si selon la constitution fédérale nigériane, l’éducation relève des régions, les critiques de Bucher révèlent le fossé pouvant séparer les analyses et préoccupations d’un diplomate professionnel de celles de la base hétérogène ayant développé le projet PAN. La confusion des initiateurs à propos des termes « Africains » et « Nigérians », laisse penser qu’ils ← 150 | 151 → ne sont pas pleinement conscients d’avoir impliqué la seule région Est du Nigeria. PAN apparaît bien comme une action privée, mais les initiateurs prennent contact exclusivement avec la plus haute instance politique de la région Est, soit son premier ministre. Ces divergences de vues entre, d’une part, des amateurs motivés par altruisme ou anti-communisme et d’autre part, des diplomates professionnels, montrent une Administration fédérale suisse quelque peu désemparée face à une coopération avec de tels groupes dans le cadre de sa politique étrangère. L’interaction des deux milieux constitue une facette de la démocratie, dans le sens où des citoyens incitent leur gouvernement à prendre position et à se justifier. La mise à l’écart de l’Administration suisse n’est pas due à l’intention des initiateurs, mais à leur idéal d’action se développant mieux dans une petite structure, à l’écart de la plupart des considérations politiques.

3.   Centre de formation pour réparateurs de montres

Motivations des initiateurs

Le centre de formation pour réparateurs de montres ouvert en 1964 au sein de Yabatech [Yaba College of Technology] doit son existence à une collaboration entre la Fédération suisse de l’industrie horlogère [FH] et le Service de coopération technique. De façon peu surprenante, c’est la FH qui est à la source de l’initiative. Le but apparent consiste à servir le consommateur qui, selon des enquêtes menées entre 1952 et 1960 sur les marchés du Moyen-Orient, accepte difficilement d’acheter un produit de qualité à prix élevé si on ne lui donne pas la possibilité de le faire entretenir et réparer.79 A la veille de l’indépendance, un rapport de la FH s’intéresse de près au Nigeria en raison de sa population nombreuse, « des ressources intéressantes qui donnent à ce marché une importance très supérieure à celle de divers autres Etats ou territoires », et de son évolution politique ← 151 | 152 → dans une ambiance « cordiale et détendue ». La FH considère une demande s’étendant au-delà des department stores de Lagos et Ibadan, précisément jusque dans les villages. Alors que le Nigeria représente le plus gros client d’Afrique sub-saharienne, la concurrence s’y résume aux montres allemandes qui « existent » sur le marché, ainsi qu’aux Français et aux Japonais qui « font de gros efforts pour s’imposer ».80

Il subsiste néanmoins une hypothèque politique : la Fédération ne va-t-elle pas être minée par les forces centrifuges que l’on décèle dans chacune des trois régions principales ? Pour l’instant les risques ne paraissent pas très sérieux, et l’on a des raisons de se montrer optimiste. Sur le plan économique la situation est relativement saine et l’amélioration du niveau de vie amorcée depuis plusieurs années devrait normalement se poursuivre. Or il est bien connu que la montre est un des premiers objets convoités par l’Africain dont le revenu augmente.81

Seul bémol au tableau, le rapport estime que le service après-vente n’est de loin pas assuré ; d’où la proposition de créer une école de réparateurs. Comment ce projet commercial peut-il gagner le soutien de la Coopération technique ? Auprès d’elle, le président de la FH Gérard Bauer « insiste beaucoup sur le fait qu’un centre de formation horlogère à Lagos constitue avant tout et pour longtemps encore une œuvre désintéressée de coopération technique ».82 Même si de tels propos ne semblent pas compris au premier degré par le Service de coopération technique, ils tendent à souligner la facette non commerciale du projet, c’est-à-dire la formation. Le futur centre apparaît au Service comme « une sorte de technicum pour la mécanique de précision ». Treize des seize diplômés du centre déjà établi au Liban ont d’ailleurs trouvé un emploi dans d’autres secteurs que l’horlogerie, ce qui va jusqu’à rendre certains membres de la FH sceptiques face à l’objectif commercial, et incite la direction à chercher un partenaire pour ouvrir un nouveau centre. La Coopération technique en déduit que « vu sous cet angle, le centre horloger a donc servi davantage au développement technique du pays qu’à favoriser la production des membres de la FH ».83 ← 152 | 153 → Cette dernière rappelle le double objectif dans son bulletin périodique, et mentionne même l’intention « d’assurer la promotion sociale d’un corps de métier artisanal » avant celle de fournir un service après-vente.84

Reste à prouver que ce type de formation correspond à un besoin du Nigeria. En soumettant le projet au chef du Département politique, la Coopération technique estime que la formation horlogère – vu qu’elle apporte aussi un débouché sur l’industrie de précision au sens large – est « l’une des plus valables dans les pays en voie de développement ».85 Du point de vue légal, le centre de formation est établi suite à un accord entre la Coopération technique suisse et le ministre nigérian de l’Education Richard Akinjide. Ce dernier représente officiellement le Nigeria à lui seul lors de l’inauguration du centre, alors que la délégation suisse compte l’ambassadeur Bucher, le directeur de la FH Gérard Bauer, le sous-directeur de la FH R. Retornaz et le vice-directeur d’Ebauches SA, P. Tschudin. Les sources ne rapportent pas le probable discours d’Akinjide, ni les impressions d’autres officiels nigérians. L’exception est le premier ministre de la région Est M. Okpara, qui qualifie le centre de formation de simplement inutile, jugeant qu’il y a « des choses bien plus importantes à faire ici ».86 Malgré tout, l’ambassadeur Bucher estime qu’il peut être nécessaire d’expliquer au Nigérian quels sont ses propres besoins : « Il faut initier l’indigène et lui faire comprendre que la montre n’est pas seulement un objet décoratif ; encore faut-il qu’elle marche et que son possesseur sache comment l’utiliser et au besoin où la faire réparer ».87

Définitivement, le centre de formation ne répond pas à une demande du gouvernement nigérian. Ce qui motive la Coopération technique à accorder son soutien, en plus du supposé large débouché professionnel s’offrant aux futurs diplômés, est le fait que la formation s’effectue sur place, ← 153 | 154 → déjà jugée préférable pour des raisons linguistiques et financières.88 Par conséquent, la Coopération technique octroie 30 bourses par année dès le début des cours en 1964. L’année suivante, les bourses sont de 3’500 Sfr chacune, avant d’être portées à 4’000 Sfr en 1969 et de se situer à 5’000 Sfr en 1973. Une formation dure trois ans et les diplômes sont remis en présence de l’ambassadeur de Suisse. Le gouvernement nigérian accepte de fournir des ateliers climatisés et des logements pour les techniciens suisses, alors que la FH couvre les frais d’installations se montant à 110’000 Sfr pour l’équipement et le directeur technique, puis assure l’enseignement et 3’000 Sfr d’outillage par élève.89 Les trois partenaires se lient par une convention signée en 1963 et portant sur dix ans. A son échéance, il est prévu que les autorités nigérianes reprennent la gestion du centre.

Manque de débouchés professionnels et retrait de l’aide publique

Après une année de cours, l’ambassadeur Bucher se réjouit que les élèves aient été « agréables et que les cours [se soient] développés dans la meilleure atmosphère ». Il recommande alors à la Coopération technique de poursuivre ce programme dont « les résultats d’ensemble se sont révélés très satisfaisants ». La faille qu’il discerne consiste en la précarité des étudiants, dont les bourses ne permettent pas de faire face au moindre imprévu.90 Celles-ci sont augmentées aussitôt. Le successeur de Bucher, Fritz Real, souligne qu’il s’agit d’une action bénéfique aux deux pays, et rappelle surtout qu’il n’y a guère d’autre projet suisse de coopération au Nigeria, alors que beaucoup de pays occidentaux, dont certains n’ont pas les intérêts que la Suisse y a, fournissent une aide importante. Sachant que six Ghanéens et un Sierra Leonais intègrent le Centre, Fritz Real met aussi en évidence ← 154 | 155 → son rayonnement international.91 F.H. Andres, ambassadeur de Suisse à Lagos dès 1970, met en avant les conséquences politiques qu’un retrait du soutien de la Confédération pourrait engendrer. Le Nigeria représente alors le deuxième partenaire économique sub-saharien de la Suisse, après l’Afrique du Sud.92

La Confédération maintient son soutien jusqu’en 1973, mais c’est au sein de la FH même que le consensus se fissure. Celle-ci planifie l’ouverture d’un centre similaire à Nairobi, mais un de ses principaux membres – Ebauches SA – exige de fermer celui de Lagos en contrepartie. Les réticences financières vis-à-vis de Lagos amènent la FH à suggérer, afin de compenser son propre et éventuel retrait, une participation accrue de la Coopération technique sous forme de subventions. Néanmoins, chaque partenaire maintient sa coopération jusqu’au terme de la convention.93 Au moment où les autorités nigérianes reprennent la direction du Centre, 56 élèves y ont achevé leur formation avec succès et trois d’entre eux sont devenus instructeurs, assistant le technicien suisse dans sa tâche d’enseignement.94

La FH s’efforce chaque année de trouver un emploi à ses nouveaux diplômés. Et c’est justement là que le bât blesse. Même si l’opération réussit à chaque fois, elle se révèle aussi de plus en plus pénible. Dès 1970, la Coopération technique reconnaît un déséquilibre entre la grandeur de l’école et les besoins ; ou en d’autres mots, une saturation de réparateurs de montres. Il n’est cependant pas tout de suite clair si cette saturation concerne l’ensemble du pays ou la seule région de Lagos, d’où vient la grande majorité des élèves. Selon le principal de Yabatech, Emmanuel A. O. Akinleye, Lagos est le seul endroit posant problème et il suffirait d’élargir le recrutement à d’autres régions.95 Pour encourager cette tendance, la FH met sur pied des séminaires de deux semaines par an à Ibadan ← 155 | 156 → et Kano. Mais l’installation des diplômés « en province » rencontre plusieurs obstacles. Un rapport mentionne que

La difficulté principale à laquelle doit faire face le Centre est celle des débouchés offerts aux diplômés. Le problème de la saturation du marché du travail dans ce secteur (surtout à Lagos) a été relevé à plusieurs reprises. Une partie des élèves ont tenté, parfois avec de grandes difficultés de s’installer comme artisans indépendants en province : ils ont en effet de la peine à trouver une clientèle suffisante pour assurer la rentabilité de leurs petits ateliers.96

La concentration géographique n’est donc pas le nœud du problème. Comme encouragement supplémentaire à l’entreprise individuelle et en plus des séminaires « en province », chaque étudiant reçoit une sacoche d’outils d’une valeur de 3’000 Sfr. Lorsque la FH décide de diminuer ce montant à 1’200 Sfr, elle précise que malgré la distribution d’outils, il reste très difficile pour les diplômés de s’établir à leur compte, du moment que le Centre ne leur offre pas d’expérience pratique suffisante pour cela.97

Or, qu’en est-il des autres secteurs industriels que les diplômés sont censés intégrer grâce à leur prétendue large formation ? De la première volée de huit élèves, cinq sont engagés par des importateurs de montres ; un d’entre eux trouve un emploi dans un atelier de rhabillage à Ibadan, un autre devient instructeur-assistant au Centre, et un seul ne poursuit pas dans l’horlogerie. En 1973, les neuf élèves sortants sont tous placés dans l’horlogerie. L’année suivante, trois élèves signent chez Steiner F. & Co, un chez UTC Lagos, un autre comme instrumentiste d’hôpital et deux autres prévoient de monter leur propre atelier au sein d’un department store. Chacun est à nouveau placé, mais le directeur du Centre Jacques Rais conclut : « l’on peut dire que vu la situation de l’emploi dans la branche horlogère au Nigéria que c’est avec soulagement que nous avons terminé cette opération de placement ».98 Si le directeur du Centre sonde chaque ← 156 | 157 → année les milieux horlogers, il établit aussi un contact régulier avec l’armèe, puis avec la police, les ministères, les compagnies de distribution d’eau et d’électricité, etc. – « en vue de créer une demande des produits de notre centre ». Même en ratissant aussi large, il qualifie toujours le placement de difficile.99

Ce n’est pas un hasard si les débouchés à l’extérieur du secteur horloger se révèlent plus que rares. En 1971, le principal de Yabatech, Emmanuel A. O. Akinleye, envisage que lors de la reprise du Centre deux ans plus tard, l’horlogerie soit certes conservée, mais que la formation soit également étendue à la réparation d’autres instruments de précision et de mesure électrique.100 En 1973, la Coopération technique énonce l’objectif du Centre comme suit :

Les centres de formation technique mis sur pied par la Fédération horlogère (FH) dans différents pays en voie de développement ont pour but de former un nombre suffisant de rhabilleurs pouvant réparer les montres vendues sur ces marchés.101

Les possibilités de diversification professionnelle ne font alors plus illusion. Et à en croire les réticences d’Ebauches, qui selon la FH portent sur le financement, l’utilité du Centre n’est pas reconnue à l’unanimité. Les motivations de ces réticences « financières » ne sont pas claires. Peut-être qu’en 1970, Ebauches juge le besoin de réparateurs de montres satisfait pour le Nigeria. A ce moment, la valeur des ventes de produits horlogers suisses dans ce pays vient d’augmenter régulièrement et fortement durant la période de guerre civile.102 La direction de la FH exprime envers ← 157 | 158 → l’Administration fédérale de profonds regrets à propos de la retenue d’Ebauches, tout en suggérant un transfert de coûts vers la Coopération technique. La FH répète qu’il serait erronné de se retirer du pays « jouissant du potentiel économique le plus élevé d’Afrique noire ».103

L’ambassade de Suisse considère aussi la dimension politique du soutien apporté au Centre, alors qu’il s’agit de la seule contribution significative et officielle de la Suisse au développement du Nigeria. Ceci paraît compenser le fait que cette « sorte de technicum pour la mécanique de précision »104 ne voie le jour, au profit d’une école pour seuls réparateurs de montres. L’ambassadeur Andres estime que le Centre contribue à la réputation suisse, et justement dans une période où le Nigeria développe ses écoles polytechniques.105 La Coopération technique verse des bourses jusqu’en 1975 afin de ne pas interrompre le cursus de la dernière volée entrée deux ans plus tôt, et motive son retrait par le manque de débouchés s’offrant aux diplômés. Ces dernières bourses coïncident avec la phase de lancement du Centre international de photogrammétrie à Ile-Ife, auquel la Suisse participe.106

Les raisons du ralliement du gouvernement suisse à ce projet de centre pour réparateurs de montres restent peu claires. L’argument d’une large formation professionnelle privilégiée par rapport aux objectifs commerciaux est vraisemblablement pris au sérieux. En 1962, le délégué à la Coopération technique Hans Keller recommande au Conseil fédéral de mêler le moins possible les intérêts commerciaux à l’aide au développement. Keller estime que leur mutuelle indépendance garantit une meilleure perception des contributions suisses par les pays partenaires.107 En 1967, la FH appelle la Coopération technique à s’associer plus étroitement aux divers projets didactiques de l’industrie horlogère dans les pays du Tiers-monde. Le délégué à la Coopération technique Sigismond Marcuard rappelle que la collaboration de son service avec l’industrie « a soulevé à plusieurs re ← 158 | 159 → prises déjà certains points d’interrogation et la question, jusqu’à présent, n’a pas été tranchée positivement ».108

Ces quelques remises en question des liens avec le secteur privé se trouvent compensées par plusieurs circonstances. D’abord, l’institutionnalisation de l’aide suisse au développement se déroule en constante collaboration avec les milieux commerciaux. Ces derniers sont largement consultés, comme l’atteste leur généreuse présence au sein de la Commission de coordination nommée en 1962.109 De plus, le directeur de la FH Gérard Bauer, ayant assumé plusieurs fonctions dans la diplomatie suisse, est plutôt bien introduit et probablement aussi toujours écouté par l’Administration fédérale.110 Enfin, le projet bénéficie d’un fort soutien des ambassadeurs Bucher et Andres. Régulièrement questionnés sur la contribution de la Suisse au développement du Nigeria, le Centre de formation leur donne un élément de réponse, faute d’autres projets. En 1973, une note de la Coopération technique avance que le succès des centres de formation FH dépend des besoins du marché en main d’œuvre horlogère qualifiée. La même note ajoute que dans les cas de Karachi et Lagos, « l’influence de paramètres politiques a souvent été importante, au mépris de la valeur objective du projet ».111

Sur la période de 1963 à 1975, le Centre de Lagos remet 72 diplômes et tous leurs détenteurs sont placés sur le marché de l’emploi. Il s’agit là de Nigérans, le destin des autres diplômés restant inconnu. Malgré l’intention du principal Emmanuel A.O. Akinleye d’élargir l’enseignement du Centre,112 il semble que l’électronique n’en ait jamais fait partie. Or, c’est bien vers ce domaine qu’évolue le marché horloger et les étudiants, soucieux de leurs débouchés professionnels, deviennent rares. A tel point ← 159 | 160 → qu’en 2003, l’Horology and Instrumentation Section de Yabatech ferme ses portes derrière le seul et unique diplômé de l’année.113

Le centre de formation pour réparateurs de montres doit son existence au lobbyisme exercé par les horlogers sur leur gouvernement. Ceci révèle évidemment un intérêt commercial pour le Nigeria que d’autres branches économiques suisses partagent, mais sans pour autant s’appuyer sur le Service de coopération technique.

Bâtiment désaffecté de l’Horology and Instrumentation Section, 2010. Photo de l’auteur. ← 160 | 161 →


1      Michael Havinden, David Meredith : Colonialism and Development. Britain and its tropical colonies, 1850-1960. Routledge, London 1993, pp. 168-170.

2      Id., p. 258.

3      Toyin Falola : Development Planning and Decolonization in Nigeria. University Press of Florida 1996, p. 167.

4      Id., p. 156. Havinden, Meredith, op. cit., p. 255.

5      J. Ihonvbere, Toyin Falola : « The Illusion of Economic Development ». In : Toyin Falola (ed.) : Britain and Nigeria : Exploitation or Development ?. Zed Books, London 1987, p. 214.

6      Id., p. 217.

7      Wolfgang Stolper : « Social Factors in Economic Planning with Special Reference to Nigeria ». In : Carl K. Eicher, Carl Liedholm (ed.) : Growth and Development of the Nigerian Economy. Michigan State University Press 1970, p. 239.

8      Lyle M. Hansen : « Comprehensive Economic Planning in Nigeria ». In : Eicher, Liedholm, op. cit., pp. 192-220.

9      Rapport de Lord Perth sur son séjour au Nigeria en août 1959, cité par Martin Lynn : « Nigeria ». In : British Documents on the End of Empire, Series B, Volume 7. The Stationery Office, London 2001, p. 613.

10    Cf. : Lettre de T. B. Williamson à A. H. Humphrey, 13.9.1960. Lynn, op. cit., doc. 540, pp. 740-742.

11    Contributions gouvernementales en mio £ : BIRD : 57.91, Etats-Unis : 45, Grande-Bretagne : 25.19, Pologne : 15, Italie : 9, RFA : 8.5, Pays-Bas : 4, Suisse : 1.7, Israël : 1.17. La contribution suisse sé réfère vraisemblablement à la garantie contre les risques à l’exportation pour le financement de turbines. « National Developement Plan, Progress Report, 1964 », cité par : Okon Effiong Eminue, The Nigerian Diplomatic Corps and Foreign Policy Processes 1966-1979, [Doctoral thesis in the Department of Political Science, University of Ibadan], 1982, p. 439.

12    Selon Akin Fadahunsi, le barrage Kainji est la seule réalisation d’importance sur la période du Premier plan national. Cf. : Akin Fadahunsi : External Aid and National Development Plans. NIIA, Lagos 1977, pp. 10-11.

13    Roger R. Riddell : Does Foreign Aid Really Work ? Oxford University Press, Oxford 2007, pp. 26-30.

14    Cette organisation voit le jour en 1955 et se nomme Helvetas dès 1965. René Holenstein : Was kümmert uns die Dritte Welt. Zur Geschichte der internationalen Solidarität in der Schweiz. Chronos Verlag, Zürich 1998, p. 30.

15    Voir : Stéphanie Ginalski : La naissance du Service de coopération technique suisse et l’institutionnalisation de l’aide au développement (1960-1965). [Mémoire de diplôme en histoire économique et sociale, Université de Genève], Genève 2006. Peter Hug, Beatrix Mesmer, (Hg.) : Von der Entwicklungshilfe zur Entwicklungspolitik. Studien und Quellen, Schweizerisches Bundesarchiv, Bern 1993.

16    Albert Matzinger : Die Anfänge der schweizerischen Entwicklungshilfe 1948-1961. Haupt, Bern 1991, p. 204. Sur la discussion à propos de la forme et des buts à donner à l’aide publique suisse, voir : Procès-verbal de la séance Grundsätzliche Aspekte einer schweizerischen Entwicklungshilfe, 23.9.1963. <dodis.ch/30235>.

17    Voir chapitre II.

18    Extraits du rapport de voyage d’Edwin Stopper, 12.3.1960. Lettre de Hans Keller au Consulat de Suisse à Accra, 13.5.1960. Lettre d’Eduard Brügger à la Division des organisations internationales du DPF, 9.7.1960. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

19    Lukas Zürcher : Die Schweiz in Ruanda. Mission, Entwicklungshilfe und nationale Selbstbestätigung. Chronos, Zurich 2014, pp. 121-141.

20    Lettre de Fritz Hofer à Bernhard Turrettini, Service de la coopération technique, 30.8.1960. AFS, E2003-03 (-)1976/44/194.

21    Jean-Jacques de Dardel : La coopération au développement. Certitudes et interrogations. IUED, Genève 1981, pp. 70-71.

22    Lettre de Heinz Suter au Service de coopération technique., 21.6.1961. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

23    Lettre de Hans Keller au Consulat suisse à Lagos, 2.12.1960. AFS, E2003-03(-)1976/44/194. Cf. : De Dardel, op. cit., pp. 70-71. Au sujet des « observateurs suisses », voir notes 21 et 22.

24    Lettre de Rémy Godet à l’ambassade de Suisse à Lagos, 2.3.1962. Lettre de G. E. Bucher à Hans Keller, 13.3.1962. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

25    Lettre de Rémy Godet à l’ambassade de Suisse à Lagos, 13.7.1961. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

26    Lettre d’Erich Messmer à l’ambassade de Suisse à Lagos, 4.11.1961. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

27    Lettres de Bucher à Hans Keller, 14.2.1962 et 29.5.1962. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

28    Lettre de Bucher à Hans Keller, 8.10.1962. AFS, E2003-03(-)1976/44/226.

29    Lettre de Bucher à Hans Keller, 20.11.1962. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

30    Lettre de Rémy Godet à l’ambassade de Suisse à Lagos, 28.11.1962. AFS, E2003-03(-) 1976/44/194.

31    Echange de lettres entre Bucher et Hans Keller, 2.1.1963, 11.1.1963. AFS, E2001(E)1976/17/540.

32    Suite à des demandes de directeurs d’écoles techniques et secondaires congolaises, ainsi que du recteur de l’Université de Léopoldville, la Coopération technique a offert 30 bourses pour la formation sur place durant l’année scolaire 1962-1963. Lettre de Rémy Godet à l’ambassade de Suisse à Lagos, 28.11.1962. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

33    Lettre de Bucher à Hans Keller, 2.5.1962. AFS, E2003-03(-)1976/44/194. Lettre de Hans Keller à l’ambassade de Suisse à Lagos, 17.5.1962. AFS, E2003-03(-)1976/44/226.

34    Note de Pierre Micheli à la Coopération technique, 2.3.1963. Lettre de Beat von Fischer, ambassadeur de Suisse à Vienne, à la Coopération technique, 22.4.1963. AFS, E2003-03(-)1976/44/226.

35    Lettre de Jean Zwahlen à August Lindt, délégué à la Coopération technique, 6.12.1963. AFS, E2003-03(-) 1976/44/226.

36    Lettre de la Coopération technique à l’ambassade de Suisse à Lagos, 28.4.1969. A propos de l’enseignement de la dactylographie : lettre de Thomas Raeber, Service de coopération technique, à l’ambassade de Suisse à Lagos, 25.11.1969. AFS, E2005(A)1980/82/206. Au sujet des enseignants pour instituts techniques : note de Christian Gander, 24.6.1962. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

37    Lettre d’August Lindt, délégué à la Coopération technique, à l’ambassade de Suisse à Lagos, 15.1.1964. AFS, E2003-03(-)1976/44/291.

38    Lettre de Bucher au DPF, 1.12.1964. Note de Richard Pestalozzi, chef-suppléant de la Coopération technique, à Raymond Probst, chef de la Divsion des affaires politiques du DPF, 11.12.1964. AFS, E2001(E)1982/58/443.

39    Pilot Project for Rural Employment Promotion in Western Nigeria. Lettre de Sigismond Marcuard, délégué à la Coopération technique, à l’ambassade de Suisse à Lagos, 25.5.1967. AFS, E2005(A)1980/82/206.

40    La Coopération technique considère une participation sous deux formes : 150’000 Sfr pour l’équipement ou 400’000 Sfr sur quatre ans pour le personnel enseignant. Note de Peter Wiesmann, collaborateur à la Coopération technique, à August Lindt, 16.5.1963. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

41    En outre, Bucher mentionne que la Suisse a formé cinq boursiers de la région Ouest dans le domaine de la télévision. Le fait que la Coopération technique ne semble pas s’en souvenir et que l’action n’ait pas laissé de trace aux Archives fédérales à Berne, nous laisse supposer que cela s’est réalisé sur une base privée et discrètement. Lettre de G. E. Bucher à August Lindt, 16.8.1965. AFS, E2001(E)1982/58/443.

42    Lettre d’August Lindt à Schwarz Filmtechnik Gmbh, 8.8.1963. AFS, E2003-03(-)1976/44/194. West African Pilot, 13.9.1964. Lettre du vice-directeur de l’OFIAMT [Bernardo Zanetti ou Karl Wegmann] à Sigismond Marcuard, délégué à la Coopération technique, 29.6.1967. AFS, E2005(A)1980/82/206.

43    Lettre de Fritz Real, Fondation suisse d’assistance au développement technique, à Edwin Stopper, directeur de la Division du commerce, 5.10.1962. AFS, E7110(-)1973/41/120.

44    Note de Rochat à Rémy Godet, 24.5.1963. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

45    Lettre de Hans Keller à l’ambassade de Suisse à Lagos, 19.11.1962. Lettre de G. E. Bucher à Hans Keller, 15.12.1962. Note de la Coopération technique, 12.1.1963. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

46    Lettre de Ch.-O. Roth, Comité pour les lépreux Emmaüs Suisse à CMS, Niger Mission, Onitsha, 16.10.1962. Requête de H. Hauri au délégué à la Coopération technique, 27.3.1963. AFS, E2003-03(-)1976/44/194. Rapport de G. L. Manger, directeur du Centre, 23.11.1964. Lettre de H. Hofer, Emmaüs Suisse, à Peter Wiesmann, 7.4.1966. AFS, E2005(A)1980/82/206.

47    Ces bourses sont versées de 1968 à 1973. Par exemple, pour un engagement de deux ans, l’infirmière Anna-Martha Zuercher obtient une rémunération de 11’250 Sfr, alors que celle du technicien Heinz Schneider, engagé à l’Hôpital pour une même durée, se monte à 20’400 Sfr. AFS, E2200.168(-)1991/79/1.

48    Sur l’école d’infirmières au Ghana, voir : Steve Page : La Suisse et le Ghana de Nkrumah : Une présence économique et diplomatique à l’épreuve de la décolonisation (1950-1970). Éditions universitaires européennes, Sarrebruck 2010, pp. 106-109.

49    Okon Effiong Eminue : The Nigerian Diplomatic Corps and Foreign Policy Processes 1966-1979. [Doctoral thesis in the Department of Political Science], University of Ibadan, 1982, pp. 123-134.

50    Voir : NAI, Federal Ministry of Education, IEF/S.38. Geneva African Institute (1961).

51    Un cours a lieu du 5.10.1963 au 1.4.1964, puis un second du 15.9.1965 au 15.6.1966. Lettre de Renata Carugo, Coopération technique, à l’ambassade de Suisse à Lagos, 18.9.1970. AFS, E2005(A)1983/18/298.

52    Lettre de Fritz Real à Sigismond Marcuard, 28.3.1967. AFS, E2001(E)1982/58/443.

53    West African Pilot, 23.9.1969. Les 13, 14 et 15.10.1969, le même journal publie un article en trois parties intitulé : « The Federal Republic’s of Germany Development Aid ».

54    Discours de Jean Bourgknecht à l’occasion de la visite du ministre nigérian des Finances Festus Okotie-Eboh, 16.10.1961. AFS, E7110(-)1972/32/110. « Aid or Trade for Developing Countries ? » Discours de Festus Okotie-Eboh prononcé à l’Université de Lund en Suède et inspiré de la récente conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, à Genève. West African Pilot, 31.8, 1 et 2.9.1964.

55    Le général Johnson Thomas Aguiyi-Ironsi devient chef d’Etat suite au premier Coup du 14.1.1966, puis est assassiné le 29.7.1966 lors du second Coup.

56    « We have always said that no country can develop mainly on the generosity of other countries ». Propos tenus lors de la remise des lettres de créance de Fritz Real. Daily Sketch, 10.5.1966.

57    « The dangers of development aid ». Éditorial du New Nigerian, 21.7.1969.

58    Badener Tagblatt, Baden, 20.8.1964.

59    Brochure de la Commission pour l’aide technique au développement, Parlement de jeunes d’Argovie, janvier 1961. Archives du canton d’Argovie [ACA], CH-000051-7 ZWA 1982.0001/0003.

60    Badener Tagblatt, 21.3.1960.

61    Id., 28.9.1960.

62    Brochure de la Commission pour l’aide technique au développement, Parlement de jeunes d’Argovie, janvier 1961. ACA, CH-000051-7 ZWA 1982.0001/0003.

63    Voir : AFS, E2003-03(-)196/44/194.

64    Pierre Centlivres : « Race, Racisme et Anthropologie ». In : Intégration et Exclusion. Etudes et Sources, Revue des Archives Fédérales Suisses, n° 29, Haupt Verlag, Bern 2003, pp. 13-42.

65    Badener Tagblatt, Baden, 20.8.1964.

66    René Holenstein, op. cit., p. 36.

67    Cf. : <dodis.ch/P972>.

68    Rapport de voyage d’Edwin Stopper, février 1960. AFS, E2003-03(-)196/44/194.

69    Edwin Stopper : « Problèmes politiques et économiques en rapport avec l’Afrique occidentale ». In : Revue économique et sociale. Lausanne, septembre 1960 (parution hors-série), pp. 109-147.

70    Cette institution n’a pas pu être identifiée.

71    La collecte rapporte 25’000 Sfr, le gouvernement cantonal verse 12’000 Sfr, et les entreprises hôtes s’engagent à verser un salaire mensuel de 500 Sfr. Rapport de l’entretien de Hans Keller avec Paul Suter, president de PAN, 30.1.1962. AFS, E2003-03(-)196/44/194.

72    Ibid.

73    Lettre de Giovanni Enrico Bucher, ambassadeur de Suisse à Lagos, à Paul Suter, président de PAN, 13.2.1962. AFS, E2003-03(-)196/44/194.

74    Id, 10.2.1962. AFS, E2003-03(-)196/44/194.

75    Lettre de Giovanni Enrico Bucher à Leutenegger du comité PAN, 27.4.1962. AFS, E2003-03(-)196/44/194.

76    Voir chapitre III.1.

77    Article « Wir haben viel und richtig gelernt », de Badener Tagblatt, 20.8.1964.

78    Lettre de Jean Zwahlen, collaborateur de l’ambassade de Suisse à Lagos, à Hans Keller, 3.6.1964. AFS, E2001(E)1972/33/346.

79    Cf. : Ginalski, op. cit., p. 112. Voir, aussi : De Dardel, op. cit., p. 342.

80    Rapport de la FH sur le Nigeria, avril 1960. AFS, E7110(-)1970/304/119.

81    Ibid.

82    Note du Service de coopération technique au chef du Département politique, 12.12. 1964. AFS, E2005(A)1980/82/206.

83    Ibid.

84    La Suisse horlogère, bulletin hebdomadaire de la FH, n° 41, 28.10.1965.

85    Proposition du Service de coopération technique au chef du Départment politique et à l’Administration fédérale des finances, 20.2.1964. AFS, E2005(A)1980/82/206.

86    « Schliesslich erwähnte er noch lächelnd, die Hilfe für Watch making finde er unnütz, es gebe hier viel wichtigeres zu tun ». Lettre de G. E. Bucher, ambassadeur de Suisse à Lagos, au Département politique suisse, 24.10.1961. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

87    Propos tenus par G. E. Bucher dans son discours lors de l’assemblée générale extraordinaire de la FH et rapportés dans : La Suisse horlogère, n° 29, 18.7.1963.

88    Note du Service de coopération technique au chef du Département politique, 12.12.1964. AFS, E2005(A)1980/82/206.

89    Proposition du Service de coopération technique au chef du Départment politique et à l’Administration fédérale des finances, 20.2.1964. AFS, E2005(A)1980/82/206. Lettre de F. H. Andres, ambassadeur de Suisse à Lagos, au Service de coopération technique, 1.5.1973. AFS, E2005(A)1985/101/274.

90    Lettre de G. E. Bucher au délégué à la Coopération technique, 19.10.1965. AFS, E2005(A)1980/82/206.

91    Propos repris dans les propositions du délégué à la Coopération technique au chef du DPF, 13.9.1967 et 15.10.1968. AFS, E2005(A)1980/82/206.

92    Lettre de Friedrich Heiner Andres, ambassadeur de Suisse à Lagos, à la Division du commerce, 1.4.1971. AFS, E2005(A)1938/18/299.

93    Lettre de la FH à la Coopération technique, 20.10.1971. AFS, E2005(A)1938/18/299.

94    Rapport de la FH à la Coopération technique, 1.4.1973. AFS, E2005(A)1985/101/274.

95    Notice de la Coopération technique, 20.8.1970. AFS, E2005(A)1983/18/299.

96    Proposition au délégué à la Coopération technique, 30.11.1973. AFS, E2005(A)1985/101/274.

97    Note de la FH à la Coopération technique, 16.5.1973. AFS, E2005(A)1985/101/274.

98    Proposition du délégué à la Coopération technique au chef du DPF, 13.9.1967. AFS, E2005(A)1980/82/206. Lettre de F. H. Andres à la Coopération technique, 14.12.1973. Rapport trimestriel d’avril à juin 1974, de J. Rais à la FH et à la Coopération technique, 29.6.1974. AFS, E2005(A)1985/101/274.

99    Rapport trimestriel d’avril à juin 1975, de J. Rais à la FH et à la Coopération technique, 24.6.1975. AFS, E2005(A)1985/101/274.

100  Lettre de Friedrich Heiner Andres, ambassadeur de Suisse à Lagos, à la Division du commerce, 1.4.1971. AFS, E2005(A)1938/18/299. La FH décrit le contenu de la formation comme suit : 1. Travaux pratiques concernant : limage, tournage, confection de pièces détachées, assemblage et réparation des montres. 2. Travail théorique. 3. Cours de dessin technique. 4. Cours commerciaux. Rapport de la FH à la Coopération technique, 1.4.1973. AF E2005(A)1985/101/274.

101  Proposition au délégué à la Coopération technique, 30.11.1973. AFS, E2005(A)1985/101/274.

102  Ventes de produits horlogers suisses au Nigeria, en Sfr constants, pour 1967 : 2’399’032, 1968 : 5’948’643, 1969 : 7’813’051, 1970 : 15’401’638. Cf. : Direction générale des douanes : Statistique du commerce de la Suisse avec l’étranger [Stat. DGD].

103  Lettre de la FH à la Coopération technique, 20.10.1971. AFS, E2005(A)1938/18/299.

104  Note du Service de coopération technique au chef du Département politique, 12.12.1964. AFS, E2005(A)1980/82/206.

105  Lettre de Friedrich Heiner Andres, ambassadeur de Suisse à Lagos, à la Division du commerce, 1.4.1971. AFS, E2005(A)1938/18/299.

106  Voir chapitre IX.

107  Note de Hans Keller au conseiller fédéral F.T. Wahlen, 16.1.1962. <dodis.ch/30141>.

108  Lettre de Sigismond Marcuard à la FH, 13.2.1967. AFS, E2005(A)1980/82/206.

109  La Commission de coordination n’a pas de pouvoir décisionnel, son rôle consiste à formuler des recommandations au délégué à la Coopération technique. Outre les milieux commerciaux, on y trouve quelques professeurs d’université et conseillers nationaux. Cf. : Ginalski, op. cit., pp. 93-95.

110  Gérard Bauer est notamment conseiller à la Légation de Suisse à Paris de 1945 à 1953 et membre de la Délégation suisse près l’OECE de 1948 à 1958. Voir : <dodis.ch/30141>.

111  Note à Sigismond Marcuard, 16.5.1973. AFS, E2005(A)1985/101/274.

112  Rapport de la Fédération horlogère, 1.4.1973. AFS, E2005(A)1985/101/274.

113  Entretien avec Michael Molokwu, enseignant de mécanique à Yabatech, 12.11.2010. M. Molokwu a enseigné à ce dernier étudiant, mais reste incertain sur la date exacte de fermeture, entre 2002 et 2004.