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L’Europe des citoyens et la citoyenneté européenne

Évolutions, limites et perspectives

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Michel Catala, Stanislas Jeannesson and Anne-Sophie Lamblin Gourdin

La construction européenne est souvent présentée ou perçue comme un processus technocratique imposé aux peuples par les élites à la suite du désastre de la Seconde Guerre mondiale et du traumatisme de la Guerre froide. La crise actuelle que connaît l’Union européenne semble ainsi démontrer l’absence de solidarité entre les États et les peuples du continent, par manque d’identité partagée et de projet politique démocratiquement accepté. La création d’une citoyenneté européenne par le traité de Maastricht, en 1992, n’a pas enrayé le désintérêt des citoyens des États membres, pourtant de plus en plus affectés par les politiques européennes, à l’égard de l’Union et de ses institutions. Dans une perspective résolument interdisciplinaire, à la croisée de l’histoire, du droit, des sciences politiques, de la sociologie et de la philosophie, cet ouvrage entend dépasser ce constat d’échec un peu simpliste, pour étudier les modalités et les visages de la citoyenneté européenne, son émergence progressive depuis les premiers projets de l’entre-deux-guerres, ses limites et ses insuffisances, mais aussi ses perspectives, à long terme comme dans un avenir proche.
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Joël Mouric - Une citoyenneté européenne est-elle possible ? Raymond Aron face à la construction européenne (1948–1983)

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Joël MOURIC, Université de Bretagne occidentale

Une citoyenneté européenne est-elle possible ? Raymond Aron face à la construction européenne (1948–1983)

Le Congrès de La Haye illustre les apparentes contradictions de Raymond Aron face à la construction européenne. Le 28 avril 1975, commençant la première de trois conférences à Bruxelles, Aron rappelait sa présence à La Haye aux côtés de Churchill pour revendiquer le statut d’« ancien combattant » du mouvement européen1. D’après les Mémoires, en revanche, l’éditorialiste du Figaro fut surtout frappé, à La Haye, par le désordre des débats, mais aussi par le manque de légitimité politique de l’assemblée. Contrairement à son ami Bertrand de Jouvenel, qui se réjouissait d’y retrouver les grands noms de l’Europe intellectuelle et politique2, Raymond Aron, qui s’incluait parmi les militants de l’unité européenne, remarquait : « Nous n’étions mandatés par personne »3.

Ce jugement fait écho à d’autres assertions du journaliste-philosophe. Fin 1946 devant les élèves de l’ENA4, et de nouveau l’année suivante devant des étudiants allemands, il avait dit que, s’il existe une Europe en soi, il n’y a jamais eu d’Europe pour soi5. Deux ans plus tard, le scepticisme aronien culminait dans les formules les plus dures qu’il ait jamais écrites à propos du mouvement européen : « L’idée européenne est vide, elle n’a ni la transcendance des idéologies messianiques, ni l’immanence des patries ← 35 | 36...

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