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Pour en finir avec le terrorisme

L’équivoque de la terreur, de la Révolution française aux attentats jihadistes

Ami-Jacques Rapin

Qu’est-ce que le terrorisme ? Cette lancinante question préoccupe aussi bien l’homme de la rue que les chercheurs spécialisés dans l’étude de la violence politique. Que ces derniers ne soient pas parvenus, après des décennies d’efforts, à formuler une définition consensuelle du phénomène ne manque pas d’étonner. Cet ouvrage a pour ambition d’expliquer cet échec en déplaçant le questionnement de la notion de terrorisme à celle de terreur. L'histoire des deux concepts et de leur inextricable imbrication éclaire l’équivoque du discours contemporain sur le terrorisme et contient la solution au problème de la définition du phénomène. Elucider le problème, c’est également se donner les moyens de concevoir un cadre conceptuel alternatif qui conserve la masse des connaissances acquises, tout en faisant sauter l’obstacle terminologique sur lequel butte l’analyse des violences armées clandestines.
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Sous la Révolution

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Avant qu’elle fût mise à l’ordre du jour par la Convention, le 5 septembre 1793, la « terreur » était un mot d’ordre qui circulait parmi les cercles révolutionnaires. Sans entrer dans le détail de sa formation, il importe de mentionner l’intervention du 12 août de Robespierre devant la Convention :

Comment déjouer les conspirateurs, s’ils sont sûrs de l’impunité, et s’il faut des mois entiers pour prononcer leur condamnation ? […] Que le glaive de la loi, planant avec une rapidité terrible sur la tête des conspirateurs, frappe de terreur leurs complices1.

Le terme ne désignait pas encore une politique d’administration de la violence, mais ce que devait inspirer la loi aux ennemis de la République. La formulation de Robespierre était en quelque sorte un énoncé de transition qui s’inscrivait toujours dans un esprit que l’on pourrait qualifier de hobbesien (la terreur, comme la crainte chez Hobbes, était une émanation de la puissance de la loi), mais annonçait le nouveau sens du terme en spécifiant la fonction que remplissait l’application de la loi, qui était « terrible » non seulement par la peur qu’elle inspirait mais aussi par la rapidité de cette application.

Le basculement décisif du sens du mot intervint lorsque Claude Royer, délégué de l’assemblée primaire de Chalon-sur-Saône, exigea que l’on plaçât « la terreur à l’ordre du jour », dans un premier temps devant le club des Jacobins puis devant la Convention...

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