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Pour en finir avec le terrorisme

L’équivoque de la terreur, de la Révolution française aux attentats jihadistes

Ami-Jacques Rapin

Qu’est-ce que le terrorisme ? Cette lancinante question préoccupe aussi bien l’homme de la rue que les chercheurs spécialisés dans l’étude de la violence politique. Que ces derniers ne soient pas parvenus, après des décennies d’efforts, à formuler une définition consensuelle du phénomène ne manque pas d’étonner. Cet ouvrage a pour ambition d’expliquer cet échec en déplaçant le questionnement de la notion de terrorisme à celle de terreur. L'histoire des deux concepts et de leur inextricable imbrication éclaire l’équivoque du discours contemporain sur le terrorisme et contient la solution au problème de la définition du phénomène. Elucider le problème, c’est également se donner les moyens de concevoir un cadre conceptuel alternatif qui conserve la masse des connaissances acquises, tout en faisant sauter l’obstacle terminologique sur lequel butte l’analyse des violences armées clandestines.
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Deux glissements sémantiques

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Jusqu’aux dernières décennies du XIXe siècle, l’emploi de la notion de terrorisme ne déborda que marginalement du cadre référentiel de la Révolution française, le terme s’effaçant d’ailleurs derrière « terreur » et « terroristes » comme dans les deux entrées du Dictionnaire politique publié en 18601. Le mot apparaissait en revanche dans les dictionnaires de langue, toujours dans son sens historique : dans les années 1880, le Bescherelle ou le Littré définissaient le terrorisme comme le « système, régime de la terreur qui a pesé sur la France pendant une partie de la Révolution »2.

À vrai dire, les dictionnaires de langue n’avaient pas encore enregistré un premier glissement sémantique généralisant le sens du terme à d’autres emplois historiques de la terreur comme système de gouvernement. Dans son histoire des années 1830-1840, Louis Blanc mentionnait un « essai de terrorisme monarchique ». Quant à Jules Michelet, il évoquait le « terrorisme de Condé » lors de la Fronde, ou encore « le terrorisme croissant de la Russie » en traitant des pratiques répressives dans l’empire des tsars de la première partie du XIXe siècle3.

Le terme était évidemment péjoratif, et de cette connotation péjorative procédaient des emplois totalement étrangers au domaine politique. Apparemment, le procédé fut initialement plus fréquent dans les pays anglo-saxons. On en trouve des exemples dans des livraisons du British Journal of Homœopathy et du New...

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