Show Less
Restricted access

Pour en finir avec le terrorisme

L’équivoque de la terreur, de la Révolution française aux attentats jihadistes

Ami-Jacques Rapin

Qu’est-ce que le terrorisme ? Cette lancinante question préoccupe aussi bien l’homme de la rue que les chercheurs spécialisés dans l’étude de la violence politique. Que ces derniers ne soient pas parvenus, après des décennies d’efforts, à formuler une définition consensuelle du phénomène ne manque pas d’étonner. Cet ouvrage a pour ambition d’expliquer cet échec en déplaçant le questionnement de la notion de terrorisme à celle de terreur. L'histoire des deux concepts et de leur inextricable imbrication éclaire l’équivoque du discours contemporain sur le terrorisme et contient la solution au problème de la définition du phénomène. Elucider le problème, c’est également se donner les moyens de concevoir un cadre conceptuel alternatif qui conserve la masse des connaissances acquises, tout en faisant sauter l’obstacle terminologique sur lequel butte l’analyse des violences armées clandestines.
Show Summary Details
Restricted access

« L’invention du terrorisme à Paris » en 1894 ?

Extract



L’intitulé de ce chapitre renvoie au sous-titre de la biographie que John Merriman a consacrée à Emile Henry, auteur le 12 février 1894 de l’attentat de l’hôtel Terminus à Paris qui fit une vingtaine de blessés, dont l’un décéda ultérieurement.

Le choix du sous-titre de la traduction française de l’ouvrage ne rend à vrai dire pas exactement compte de la thèse soutenue par l’historien américain. Merriman ne prétend pas que le jeune anarchiste inventa le terrorisme en jetant sa bombe dans le café de l’hôtel, puisqu’il considère que ceux qui avaient perpétré des attentats dans les années précédentes étaient déjà des « terroristes anarchistes ». Sa véritable thèse est qu’Henry inaugura l’ère du « terrorisme moderne », le 12 février 1894, car « c’est le jour où des gens ordinaires sont devenus la cible des terroristes », le jour où l’auteur de l’attentat était « déterminé à sacrifier des vies innocentes pour sa cause »1.

Cette thèse est contestable sous plusieurs rapports.

Tout d’abord, parce que les bombes lancées le 8 novembre 1893 au théâtre Liceo de Barcelone constitueraient un meilleur point de départ d’une généalogie du « terrorisme moderne » ; elles firent quatorze morts, dont dix femmes, et semblent avoir inspiré Henry si l’on en croit un compagnon qui le fréquenta peu de temps avant l’attentat du Terminus2. ← 73 | 74 →

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.