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Musique, Folie et Nature au Moyen Âge

Les figurations du fou musicien dans les manuscrits enluminés (XIII e -XV e siècles)

Martine Clouzot

Basé sur une anthropologie des images de la musique, ce livre étudie les figurations du fou musicien dans les manuscrits du Moyen Âge. A partir d’un vaste corpus, il en rappelle les fondements antiques et patristiques, les modèles mystiques et politiques, ainsi que les réseaux thématiques. Loin de se limiter au fol de cour, il s’intéresse à l’ insipiens des psaumes et à « l’insensé-fou » des décors naturalistes. Le premier, associé à Adam et au démon, appartient aux discours théologiques sur le blasphème et le péché originel. Le second, avec ses grelots et ses clochettes, fait écho à la philosophie naturelle aristotélicienne enseignée aux écoles et aux universités.
Fondées sur les principes de mouvement, d’inversion et de proportion, les images étudiées dans cet ouvrage expriment à la fois la sagesse et le non-sens de la folie, l’harmonie et le chaos de la musique et de la nature. Dans la culture médiévale de l’homme imago Dei, le fou musicien apparaît comme une image visuelle, sonore et mentale interrogeant l’ordre de la Création.
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1ère partie : Les corpus du fou et la rhétorique des images

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Les savoirs sur l’homme et le monde créé au Moyen Age accordent une place importante à la folie. Sous la plume des clercs, elle trouve son origine dans la Chute causée par la désobéissance d’Adam et Eve ayant goûté le fruit de l’Arbre de la connaissance. Pour compenser la perte du Paradis terrestre et préparer le salut, les hommes ont dû chercher dans la technique et la science les outils indispensables à leur survie et à leur formation intellectuelle, en vue de la connaissance. « Science » et « sapience » constituent pour ces raisons les bornes de départ et d’arrivée des artes liberales, censés combler la stultitia humaine et remédier au chaos terrestre. Grands lecteurs de Platon, d’Aristote et des Pères, les clercs ont associé musica et natura en chacun des arts du trivium et du quadrivium. Et ils n’ont eu de cesse de les allégoriser dans la théologie, la poésie, la musique vocale, mais aussi dans l’ornemental des manuscrits.

Marquées par cet événement fondateur de l’histoire de l’humanité, les images de la folie, de la musique et de la nature sont un moyen parmi d’autres d’en vivifier la mémoire. Elles vont être présentées d’abord dans les lieux de leur figuration, à savoir les livres peints du XIIIe au XVe siècle. La méthode retenue est celle de l’analyse sérielle car, à partir du corpus, elle permet de relier les séries typologiques et...

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