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L’ennemi de la mort

Le combat perpétuel d’Elias Canetti

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Marion Dufresne

Notre conscience de la mort détermine nos comportements sociaux : tel est le postulat d’Elias Canetti. Tous les textes de l’auteur, que ce soient l’autobiographie, l’œuvre fictionnelle ou les inclassables Réflexions, sont mis à contribution pour démontrer l’omniprésence de la mort. Elle joue un rôle fondamental dans les différentes formations de masse et elle est l’arme la plus redoutable entre les mains des potentats de tout acabit. Le présent ouvrage tente de démontrer que, pour Canetti, la tâche essentielle du poète digne de ce nom est de ne se confronter à l’empire néfaste de la mort que pour mieux la combattre. Face à cette menace Canetti développe sa conception anthropologique et poétologique de la métamorphose. Ne jamais oublier combien nous sommes vulnérables, ne doit pas conduire au désespoir. Il incombe aux poètes de rappeler à l’homme son aptitude à la métamorphose. Il nous faut réapprendre à nous saisir de cette arme qui reste la plus efficace pour échapper au règne du trépas.
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Du survivant à l’ennemi de la mort

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Lors de quelques entretiens, Canetti, évoquant ses projets futurs, parle tantôt d’un nouveau roman ou de pièces de théâtre déjà toutes prêtes dans son tiroir, tantôt d’un second volume de Masse und Macht. Aucune de ces œuvres ne verra le jour, en revanche, l’auteur se tourne vers le genre autobiographique. Canetti consacre quatorze ans à écrire la trilogie, commencée en 1971, le dernier tome est publié en 1985, à l’occasion du 80e anniversaire de son auteur. ← 93 | 94 →

Si le récit autobiographique n’est pas le travail de toute une vie comme Masse und Macht, il est toutefois le fruit d’une longue gestation. Les trois tomes se caractérisent par une composition très élaborée que Axel Streussloff appelle une «structure circulaire» qui se caractérise selon lui par le renouvellement de situations anciennes.172 Streussloff désigne en fait un procédé essentiel de la stratégie de lutte contre la mort engagée par Canetti. Celui-ci ne se contente pas de débusquer son ennemie derrière tous les masques comme l’ont montré les analyses menées dans les chapitres précédents, mais il lui oppose aussi systématiquement la vie qui lui résiste. Dans le récit autobiographique, l’existence de la mort et du meurtre détermine pour Canetti tous les rapports humains. Obsédé par la mort et son omniprésence, l’auteur s’y confronte mais n’en supporte l’idée que s’il décèle en elle le...

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