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La genèse de la représentation ressemblante de l’homme

Reconsidérations du portrait à partir du XIII e siècle

Dominic Olariu

« Ce livre est le fruit d’un projet ambitieux visant à replacer l’émergence du portrait européen dans le contexte large d’une évolution où parmi d’autres facteurs les rites funéraires et les masques mortuaires jouent un rôle déterminant. « L’archéologie de la ressemblance » est ainsi la formule que l’auteur propose pour renouveler notre connaissance des débuts du portrait au XIIIe siècle, c’est-à-dire bien avant l’apogée du portrait individuel à la Renaissance. Par une transgression audacieuse des frontières du champ disciplinaire, l’enquête jette un éclairage inattendu sur l’environnement culturel qui favorisa l’apparition de ce genre visuel si caractéristique du continent européen. Le recours à la méthode étymologique enrichit tout particulièrement l’investigation en éclairant d’un jour nouveau les causes profondes de cette représentation figurée. Sur un sujet où tout déjà semblait avoir été dit, un arrière-plan aux multiples facettes se trouve ici mis au jour, qui d’une manière exemplaire révèle la complexité des facteurs intervenant dans l’histoire de la représentation figurée. » (Hans Belting)
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I. L’embaumement de l’Antiquité à la fin du Moyen Âge

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I.

L’embaumement de l’Antiquité à la fin du Moyen Âge

Les dépouilles sacrilèges des Romains

Les Romains ne pratiquaient pas l’embaumement en vue de l’exposition pendant une durée de plusieurs jours. Les obsèques importantes consistaient en simples ablutions aux aromates et parfums. 171 Cet usage du culte funéraire chez les Romains n’est guère étonnant, car le corps mort était, selon la conception d’alors, au plus haut degré impur et contaminant. Gotthold Éphraïm Lessing, dans une étude sur la représentation de la mort dans l’Antiquité gréco-romaine, constate déjà qu’« un corps mort souillait, selon la conception des anciens, tout ce qui se trouvait en sa proximité, et non seulement les hommes qui le touchaient ou se contentaient de le regarder ; mais aussi les dieux eux-mêmes. La vue d’un corps mort n’était permise à aucun d’entre eux. » 172 C’est pourquoi, les dieux, à l’exception du seul dieu de la mort, s’éloignaient des corps morts. Pour exprimer à quel point la vue d’un cadavre paraissait profanatrice aux anciens, Lessing constate : « Dans ce contexte, je tiens pour très important le fait que même les dieux ne devaient pas se souiller par la vue d’un mort ». 173

Ce caractère polluant du corps mort est confirmé par le fait que les enterrements des premiers Romains avaient toujours lieu durant la nuit. 174 De la ← 86 | 87 → sorte, ils ne pouvaient intervenir dans les affaires des vivants,...

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