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De l’Informe, du Difforme, du Conforme au théâtre

Sur la scène européenne, en Italie et en France

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Edited By Yannick Butel

En 2005, dans le tumulte du festival d’Avignon, croisant des créations malmenées par la presse et une partie des spectateurs, l’informe, le difforme et le conforme s’imposaient comme des ouvertures propres à répondre aux interrogations comme aux jugements des détracteurs du festival et de ses artistes (notamment Anatoli Vassiliev, Jan Fabre et Pascal Rambert, entre autres). S’il faut avouer, comme l’écrivit Jean-François Lyotard, que devant l’étrangeté de ces productions nous étions face à des « intrigues plastiques moins monnayables, racontables, signifiables », le rejet, la condamnation, le procès étaient-ils de mise ?
L’idée de parler de ces réactions vives, d’y consacrer un colloque et un temps de réflexion, s’est alors imposée. L’intention de revenir sur une pratique théâtrale qui rompt avec l’horizon d’attente du spectateur d’un « art bonasse » (comme l’écrit Alain Badiou) devait nous conduire à ce recueil de commentaires. Les chercheurs qui ont contribué à ce nouvel essai tentent d’analyser, de livrer des clés, de donner à réfléchir sur la réception de formes poétiques et esthétiques qui hantent la scène.

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Sophie Lucet« Danser comme les mots dans la bouche d’un muet» 59

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«Danser comme les mots dans la bouche d’un muet» Sophie LUCET Questo buio feroce, de Pippo Delbono Proche des théories de l’Odin Teatre et de Pina Bausch, Pippo Delbo- no, travaille avec des personnes rencontrées dans la rue ou au sein de l’asile psychiatrique d’Aversa en annulant ainsi les frontières de l’art et de la vie. «Lieu de l’altérité, c’est-à-dire de l’humanité par excel- lence, le théâtre de Pippo Delbono pourrait nous renvoyer aux origines de la Commedia Dell’Arte en ce temps où, aux marges de la société, le comédien vivait parmi ses semblables, les mendiants, les estropiés, les charlatans, les bouffons et les fous.»1 Les acteurs du théâtre de Pippo Delbono ne jouent pas, ils sont ce qu’ils sont: certains muets, d’autres grands et maigres, d’autres hydro- céphales, d’autres en souffrance psychique. Leur corps n’est pas celui d’un personnage, ce sont les mêmes qu’on retrouve au bar du théâtre, après la représentation. Ce sont des acteurs sans rôle, des personnes qui s’engagent dans l’art mus par une souffrance, car la blessure est peut-être le moteur de la création. Et voilà ce qu’ils nous disent, ces acteurs de la vie: qu’on ne monte pas sur un plateau par hasard, pas plus qu’on ne peint ou se tranche l’oreille; qu’il est une nécessité puis- sante, pour se consacrer au théâtre: Notre itinéraire artistique débute il y a 15...

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