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Raymond Aron et l’Europe

Itinéraire d’un Européen dans le siècle

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Olivier de Lapparent

L’engagement européen de Raymond Aron est méconnu. Au mieux, on entrevoit qu’il rejette dos à dos Monnet et De Gaulle, preuve de son euroscepticisme supposé. Au pire, on le considère comme le chantre d’un atlantisme forcené où l’Europe est assujettie aux Etats-Unis. La question ne se règle pas aussi facilement. Il s’agit d’étudier l’itinéraire européen d’Aron tout au long de ses actions de militant et de ses écrits, dès ses premiers articles au début des années trente jusqu’à ses derniers éditoriaux en octobre 1983. Comment a-t-il pensé l’Europe à travers ses livres, articles, cours et conférences ? Quel Européen se bat pour quelle forme d’Europe ? Croit-il en une identité européenne spécifique ?
En abordant des thèmes récurrents dans les travaux d’Aron, comme le devoir de responsabilité de l’intellectuel, la question du déterminisme historique, la dénonciation de l’idéologie et de ses dangers, la lutte contre le totalitarisme, l’analyse des relations internationales et la problématique de l’hypothétique crise ou décadence de la civilisation occidentale, ce livre a pour ambition d’éclairer par un prisme original – l’Europe – la figure d’un des plus grands intellectuels français du XX e siècle.

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Chapitre II L’Europe brisée 17

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Chapitre II L’Europe brisée Sartre et Aron ont fait au début des années trente, le classique voyage des jeunes philosophes en Allemagne. Aron est assistant de français à l’université de Cologne du printemps 1930 à l’été 1931 auprès d’un professeur renommé, Léo Spitzer, puis boursier à l’Institut français de Berlin jusqu’à l’été 1933 (Sartre lui succède pour l’année universitaire 1933-1934). Au cours de ces années, Aron fréquente des étudiants allemands et contracte des liens d’amitié en dépit des passions natio- nalistes de l’époque. Plus tard, il fera toujours le distinguo entre le nazisme, régime totalitaire spécifique, et l’Allemagne en elle-même. Cette formation a déterminé chez lui quelques traits qui resteront im- muables par la suite: souci de sortir de la sphère proprement universi- taire pour s’intéresser à l’économie politique et aux relations interna- tionales, réflexion à partir de l’analyse du nazisme sur le phénomène totalitaire et, de là, aversion particulière pour toute forme de totalita- risme. La politique doit mêler le nationalisme des peuples aux exigences diplomatiques et faire oublier le passé pour présenter l’avenir. Elle doit convaincre le peuple que l’union est la seule solution (si on ne veut pas courir le risque d’une autre guerre) et satisfaire les aspirations populaires aux objectifs stratégiques. Raymond Aron est le témoin de l’évolution de ces objectifs: «Mon témoignage sera, si tu veux bien, celui...

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