Show Less

Interpréter les temps verbaux

Series:

Edited By Nelly Flaux, Dejan Stosic and Co Vet

N’arrose pas ton jardin. Dans une heure, il a plu. Cet énoncé, à la fois naturel et paradoxal, montre bien à quel point la description des temps verbaux relève souvent de la gageure: au linguiste, ici, d’expliquer ce qui permet d’utiliser le passé composé pour exprimer un fait du futur. Au linguiste aussi de démêler l’inextricable, chaque forme verbale étant prise dans un réseau de contraintes temporelles, aspectuelles et contextuelles ; d’expliquer les différences entre les systèmes des temps verbaux d’une langue à l’autre ou d’une même langue au cours de son évolution. Cette complexité empirique a forcément des conséquences sur les choix méthodologiques et théoriques à effectuer. Plus un fait de langue est riche et complexe, plus la nécessité de proposer et d’opposer les approches différentes s’impose. Un des objectifs de ce volume est précisément de permettre la confrontation de plusieurs cadres théoriques et de fournir l’occasion d’évaluer leur caractère opératoire sur un certain nombre de données particulièrement récalcitrantes.
Quelques-uns des plus grands spécialistes de la sémantique de la temporalité relèvent, dans ce recueil, certains des défis lancés par la description des temps verbaux de plusieurs langues européennes.

Prices

Show Summary Details
Restricted access

Walter De Mulder Histoire des temps verbaux du passé et interprétations en synchronie 181

Extract

Histoire des temps verbaux du passé et interprétations en synchronie Walter DE MULDER, Université d’Anvers Introduction La lecture des études traditionnelles sur l’emploi des temps du passé dans différents textes en ancien français mène à quelques conclusions à première vue surprenantes pour un locuteur du français moderne : 1) L’imparfait est rare en ancien français (Foulet 1930: 220; Ménard 1988: 139). On trouve par exemple à peine une quarantaine d’occurrences de ce temps dans les 4000 vers de la Chanson de Roland (Moignet 1988: 256, Bonnard & Régnier 1997: 111). Selon Ménard (1988: 139) et d’autres, ce n’est qu’à partir du XIIème siècle que l’imparfait commence à s’employer de plus en plus fréquemment, entre autres dans les romans de Chrétien de Troyes. 2) Le passé simple était beaucoup plus fréquent dans l’ancienne langue: dans les textes de l’époque, il apparaît souvent dans des contextes où le français moderne préférerait un imparfait, mais il a aussi souvent la va- leur d’un «présent parfait» (ou perfectum praesens), valeur qui serait plutôt associée au passé composé en français moderne. En fait, la plupart des auteurs ont noté que, surtout dans les chansons de geste,1 le passé 1 Cette alternance ne se limite pas aux chansons de geste, toutefois, comme le montre le passage suivant des Lais de Marie de France, dans lequel le passé simple et l’imparfait semblent être en variation libre: En cel...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.