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Relation du poème à son temps : interrogations contemporaines

Textes réunis et présentés par Jacqueline Michel et Annette Shahar

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Edited By Jacqueline Michel and Annette Shahar

De tous temps il y eut des poètes qui se montrèrent particulièrement sensibilisés aux faits socio-politiques et historiques. Ayant conscience que c’était le devenir de l’Homme que ces faits mettaient en jeu, ils furent amenés à prendre position, optant pour un engagement dont faisait foi leur travail d’écriture.
Chez les poètes contemporains, qu’en est-il de cette prise de conscience incitant à l’engagement ? Devrait-on parler d’une remise en cause, d’une redéfinition, d’un renouvellement de cette notion d’engagement, ou au contraire d’un sentiment de méfiance, voire de rejet de peur qu’une confusion ne s’installe entre l’ordre de l’art (art du langage pour le poème) et celui de la politique ? Mais il est un fait que même s’il revendique haut et fort la liberté pour son travail d’écriture, le poète ne peut pas se couper des réalités du monde parce qu’il est celui qui épouse le mouvement de la vie, parce que rien de ce qui est humain ne peut lui être indifférent.
A la suite du colloque international organisé à l’Université de Haïfa en janvier 2010, sur Relation du poème à son temps : interrogations contemporaines, les textes réunis dans ce livre, cherchent à élaborer des éléments de réponses à ces questions, à partir d’œuvres contemporaines marquées par l’affrontement avec le monde en ses événements, avec l’actualité de l’Histoire. Chercheurs et poètes nous proposent diverses réflexions, questionnements, analyses, portant sur les aspects que présente aujourd’hui la relation du poème à son temps.
Ces textes apportent de nécessaires et riches éclairages sur la complexité du rapport entre poétique et politique, sur la situation souvent conflictuelle du poète entre engagement et désengagement.

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Jacqueline MICHEL Avant-propos XI

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Avant-propos Jacqueline MICHEL « Je suis un homme et rien de ce qui est humain, je crois, ne m’est étranger » (Térence, L’Héautontimorouménos ou « le Bourreau de soi-même ») Que vaudrait un poète qui ne saurait s’engager lorsque des faits histori- ques, socio-politiques mettent en jeu la dignité et le devenir de l’Homme? Et que signifierait « s’engager » pour un poète, si ce n’est entretenir dans son travail de création, par son écriture, un rapport singulier à l’Histoire et au monde dans lequel il vit. Car l’univers du poète, faut-il le rappeler, n’existe que par le langage, cette force qui permet la signi- fiance du refus et de la vérité. Si le poète revendique d’être libre dans la pratique de son art, cela ne signifie pas pour autant qu’il veuille se couper des réalités de ce monde. Il suffit de se reporter à cette longue tradition de l’engagement des poè- tes pour s’en convaincre. Le poète est celui qui épouse le mouvement de la vie, et c’est ce qui « l’engage » au plus profond de lui-même. Or, cette constatation ne manque pas de soulever bien des questions. Dans quelle mesure l’attention critique qu’un poète porte à son temps, infor- merait-elle (au sens premier de ce terme) son mode d’écriture? N’y au- rait-il pas le danger qu’une confusion s’établisse entre l’ordre de l’art et celui de la politique? Le poète n’encourt-il pas le risque d’appauvrir le champ de son...

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