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Les Incertitudes de la présence

Identités narratives et expérience sensible dans la littérature contemporaine de langue française- Algérie-France-Québec

Daniel Marcheix

Les parcours identitaires fictifs que donnent à lire de nombreux récits contemporains se nourrissent de leur ancrage dans la phénoménalité du sensible. Cet ouvrage est consacré à l’étude de cette corrélation, aux modalités de sa mise en discours et à ses effets en termes de signification. Les œuvres analysées sont algériennes, françaises, québécoises et appartiennent donc à la littérature de langue française considérée en extension, sans les insidieuses hiérarchisations dont est trop souvent porteuse la notion de littérature francophone. L’auteur y examine les opérations énonciatives et narratives par lesquelles se déploient les expériences sensibles de personnages qui sont d’abord et avant tout des corps sentants et percevants. Puis il montre comment de ces modes de présence au monde sensible surgissent des formes de vie qui sont précisément les manifestations signifiantes d’identités conçues comme des effets induits par les ressources formelles des textes.

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2. La porosité du présent chez Anne Hébert 47

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2. La porosité du présent chez Anne Hébert Dans une pièce de théâtre intitulée Le Temps sauvage, Anne Hébert fait dire à son héroïne Agnès: [l]a plus grande réussite de ce monde, ce serait de demeurer parfaitement secret, à tous et à soi-même. Plus de question, plus de réponse, une longue saison, sans âge ni raison, ni responsabilité, une espèce de temps sauvage, hors du temps et de la conscience1. Paradoxal, ce «temps sauvage» auquel aspire Agnès est une manière de dire l’indicible d’une impossible présence à soi-même. Car le rêve d’un désancrage solitaire dans une temporalité dilatée, immobile et finalement annihilée, apparaît bien comme le symptôme certain d’un irréparable exil existentiel causé par une histoire personnelle mal assumée. Bien pire qu’une sorte d’utopie barbare, le «temps sauvage» est en vérité imma- nent au destin de nombreux personnages hébertiens, confinés par un ir- répressible et violent ressassement mémoriel dans la proximité destruc- trice des «fantômes»2 (TS 147). La formule d’Agnès ne serait alors qu’un détour rhétorique qui, étendu à l’ensemble de l’œuvre romanesque de l’auteure, révélerait un rapport de soi à soi vécu comme un écart, comme une dépossession, bref comme une faillite identitaire. C’est cette hypo- thèse qui sera envisagée et dont la validation passe par l’examen de la manière dont...

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