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Les Incertitudes de la présence

Identités narratives et expérience sensible dans la littérature contemporaine de langue française- Algérie-France-Québec

Daniel Marcheix

Les parcours identitaires fictifs que donnent à lire de nombreux récits contemporains se nourrissent de leur ancrage dans la phénoménalité du sensible. Cet ouvrage est consacré à l’étude de cette corrélation, aux modalités de sa mise en discours et à ses effets en termes de signification. Les œuvres analysées sont algériennes, françaises, québécoises et appartiennent donc à la littérature de langue française considérée en extension, sans les insidieuses hiérarchisations dont est trop souvent porteuse la notion de littérature francophone. L’auteur y examine les opérations énonciatives et narratives par lesquelles se déploient les expériences sensibles de personnages qui sont d’abord et avant tout des corps sentants et percevants. Puis il montre comment de ces modes de présence au monde sensible surgissent des formes de vie qui sont précisément les manifestations signifiantes d’identités conçues comme des effets induits par les ressources formelles des textes.

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8. L’exil: une «pratique spatialisante» ambivalente 123

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8. L’exil: une «pratique spatialisante» ambivalente L’exil parisien ou la réappropriation de soi et du monde originel: Pierre Bergounioux et Anne Hébert En tant qu’il est «pratiqué» (de Certeau, 2007: 173), l’espace oblige à prendre «en considération des vecteurs de direction, des quantités de vi- tesse et la variable de temps» (idem). Ainsi s’opposent une «spatialité homogène et isotrope», pour reprendre les mots de Merleau-Ponty, au- trement dit le «lieu» selon de Certeau, et un «espace anthropologique» fondamentalement «existentiel» (idem). Cette approche de la spatialité resituée dans «[l]a perspective […] de l’exister au monde» (ibid.: 174) et donc de «pratiques spatialisantes» (ibid.: 172), vise, selon de Certeau, à préciser quelques formes élémentaires des pratiques organisatrices d’espace: la bipolarité «carte» et «parcours», les procédures de délimitation ou de «bornage» et les «focalisations énonciatives» (c’est-à-dire l’index du corps dans le discours) (idem). Parmi ces «pratiques spatialisantes», celle de l’exil1 semble une des plus riches à analyser d’un point de vue sémio-phénoménologique. Par les déplacements territoriaux qu’il induit, l’exil organise l’espace selon une bipolarisation du type ici vs ailleurs, souvent surdéterminée par le couple centre vs périphérie, dans laquelle la ville occupe une place à la fois prépondérante et puissamment signifiante, soit par son statut géopo- litique, soit par son statut d’espace d’ancrage. Il s’agira donc d’examiner 1 Dans le souci de distinguer l’exil de l’immigration, qui sera abordée un peu plus loin dans...

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