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Mœurs de province

Essai d’analyse bakhtinienne de "Madame Bovary</I>- Avec une préface d’Yvan Leclerc

Helge Vidar Holm

Personne ne sait pourquoi Gustave Flaubert a rajouté de sa main, sur la première page du manuscrit définitif de Madame Bovary, celui du copiste, le sous-titre Mœurs de Province. A quelques rares exceptions près, la recherche flaubertienne ne s’est guère penchée sur la question, et depuis la mort du romancier normand, la plupart des éditeurs du roman a tout simplement supprimé le sous-titre, pourtant si significatif notamment pour une compréhension approfondie des intentions critiques de Flaubert vis-à-vis de la société bourgeoise de son époque.
Pour l’auteur de cet essai, le premier de longue haleine à étudier le sens et la signification du sous-titre, les mœurs provinciales visées par l’écrivain dans son premier roman publié sont avant tout des mœurs langagières. La langue et les langages sont au centre de ce livre, où le personnage le plus troublant, la protagoniste Emma Bovary, est clairement victime de ces mœurs langagières bien que, à certains moments, elle arrive à sortir de leur contrainte et paraître une voix à part entière, tels les personnages romanesques polyphoniques de Dostoïevski vus par Bakhtine.

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Introduction 1

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1Introduction Mœurs de province, le sous-titre donné par Gustave Flaubert à son ro- man le plus célèbre, n’a guère connu de grâce auprès des maisons d’édi- tion. On s’étonne de constater que ce sous-titre, en dépit de sa perti- nence remarquable, ait été supprimé dans un très grand nombre – sans doute la majorité – des éditions de ce roman parues après la mort de l’auteur en 1880. Cette suppression concerne autant les éditions scien- tifiques que les éditions grand public ou scolaires. Tout comme la quasi- totalité des éditions critiques du roman, l’édition prestigieuse de la Pléiade1 est sans renseignement aucun concernant le sous-titre et cette tradition de suppression, laquelle concerne autant les éditions françaises que les traductions2. Une explication possible, concernant une telle décision de la part des éditeurs divers, serait l’importance des implications existentielles du rôle social donné par le titre principal du roman, celui d’une femme mariée. Ce rôle étant ainsi devenu partie intégrante de l’identité ono- mastique de la protagoniste du roman, Madame Bovary, c’est, notam- ment, dans et par sa situation d’épouse qu’Emma va affronter les défis qui la mèneront au suicide. Le titre principal implique déjà une tension entre un rôle social, celui d’épouse, et la vie d’un individu nommé Emma Bovary. Ce sont apparemment le portrait d’Emma et la narration de son 1 Il s’agit de l’édition de 1951...

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