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Mœurs de province

Essai d’analyse bakhtinienne de "Madame Bovary</I>- Avec une préface d’Yvan Leclerc

Helge Vidar Holm

Personne ne sait pourquoi Gustave Flaubert a rajouté de sa main, sur la première page du manuscrit définitif de Madame Bovary, celui du copiste, le sous-titre Mœurs de Province. A quelques rares exceptions près, la recherche flaubertienne ne s’est guère penchée sur la question, et depuis la mort du romancier normand, la plupart des éditeurs du roman a tout simplement supprimé le sous-titre, pourtant si significatif notamment pour une compréhension approfondie des intentions critiques de Flaubert vis-à-vis de la société bourgeoise de son époque.
Pour l’auteur de cet essai, le premier de longue haleine à étudier le sens et la signification du sous-titre, les mœurs provinciales visées par l’écrivain dans son premier roman publié sont avant tout des mœurs langagières. La langue et les langages sont au centre de ce livre, où le personnage le plus troublant, la protagoniste Emma Bovary, est clairement victime de ces mœurs langagières bien que, à certains moments, elle arrive à sortir de leur contrainte et paraître une voix à part entière, tels les personnages romanesques polyphoniques de Dostoïevski vus par Bakhtine.

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Première partieLe texte dialogique

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Première partie Le texte dialogique Mais comment faire du dialogue trivial qui soit bien écrit? (G. Flaubert, Lettre à Louise Colet, le 13 septembre 1852) 24 25 1. Mœurs de province: la caractérisation langagière Selon Yvan Leclerc, «les deux maîtres mots de l’esthétique flaubertienne sont assurément le type et la généralité1». Leclerc renvoie à ce propos aux lettres de Flaubert à Louise Colet de l’époque de la rédaction de Madame Bovary, où le romancier normand ne cesse d’insister sur un unique conseil de métier, en résumé: «Ne sois pas trop particulière, dépouille-toi de marques de ton sexe, cherche la généralité, le type, l’individualité idéale2.» Nul doute que le sous-titre donné par Flaubert à son roman mette en évidence l’effort consciencieux du romancier à suivre son propre conseil. Cet effort, on le voit aussi documenté dans une lettre du 4 juin 1857, où Flaubert répond à un lecteur qui recherche des informations sur les ressemblances aux modèles exploitées par l’auteur de Madame Bovary (Mœurs de province): Tous les personnages de ce livre sont complètement imaginés, et Yonville-l’Abbaye lui-même est un pays qui n’existe pas, ainsi que la Rieulle, etc. Ce qui n’empêche pas qu’ici, en Normandie, on ait voulu découvrir dans mon livre une foule d’allusions. Si j’en avais fait, mes portraits seraient moins ressemblants, parce que j’aurais eu en vue des personnalités et que j’ai voulu, au...

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