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Mœurs de province

Essai d’analyse bakhtinienne de "Madame Bovary</I>- Avec une préface d’Yvan Leclerc

Helge Vidar Holm

Personne ne sait pourquoi Gustave Flaubert a rajouté de sa main, sur la première page du manuscrit définitif de Madame Bovary, celui du copiste, le sous-titre Mœurs de Province. A quelques rares exceptions près, la recherche flaubertienne ne s’est guère penchée sur la question, et depuis la mort du romancier normand, la plupart des éditeurs du roman a tout simplement supprimé le sous-titre, pourtant si significatif notamment pour une compréhension approfondie des intentions critiques de Flaubert vis-à-vis de la société bourgeoise de son époque.
Pour l’auteur de cet essai, le premier de longue haleine à étudier le sens et la signification du sous-titre, les mœurs provinciales visées par l’écrivain dans son premier roman publié sont avant tout des mœurs langagières. La langue et les langages sont au centre de ce livre, où le personnage le plus troublant, la protagoniste Emma Bovary, est clairement victime de ces mœurs langagières bien que, à certains moments, elle arrive à sortir de leur contrainte et paraître une voix à part entière, tels les personnages romanesques polyphoniques de Dostoïevski vus par Bakhtine.

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Deuxième partieLes dimensions axiologique et temporelle

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97 Deuxième partie Les dimensions axiologique et temporelle Heureusement, à côté du styliste impeccable, du rhétoricien af- folé de perfection, il y a un philosophe dans Flaubert. C’est le négateur le plus large que nous ayons eu dans notre littérature. Il professe le véritable nihilisme – un mot en «isme» qui l’aurait mis hors de lui –, il n’a pas écrit une page où il n’ait creusé notre néant. E. Zola, Les Romanciers naturalistes (Fasquelle, Paris 1923: 196) 98 99 1. L’axiologie du roman On trouve chez Flaubert une galerie d’êtres laids et pitoyables, qui justifient le pessimisme moral le plus sévère. Les jugements de l’auteur, invisibles, doivent être découverts par le lecteur au sein d’une narration calme, égale et neutre, qui fait rarement ap- pel au vocabulaire moral et qui présente l’action par le biais des détails physiques et psychiques. La lecture de ces textes exige du lecteur beaucoup de patience, ainsi qu’une sorte d’équanimité morale, une volonté de suspendre provisoirement tout jugement; mais l’effet ultime est une force inattendue: le sérieux impertur- bable de la présentation se double, au niveau de l’ensemble, d’une ironie méprisante qui dégonfle les illusions morales concernant la vie privée et publique1. Dégonflement des illusions morales ou «a fully disabused, or decon- structed, understanding of language2», ces aspects de l’ironie flauber- tienne s’entremêlent tout au long du texte romanesque pour aboutir à une critique de civilisation qui...

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