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Mœurs de province

Essai d’analyse bakhtinienne de "Madame Bovary</I>- Avec une préface d’Yvan Leclerc

Helge Vidar Holm

Personne ne sait pourquoi Gustave Flaubert a rajouté de sa main, sur la première page du manuscrit définitif de Madame Bovary, celui du copiste, le sous-titre Mœurs de Province. A quelques rares exceptions près, la recherche flaubertienne ne s’est guère penchée sur la question, et depuis la mort du romancier normand, la plupart des éditeurs du roman a tout simplement supprimé le sous-titre, pourtant si significatif notamment pour une compréhension approfondie des intentions critiques de Flaubert vis-à-vis de la société bourgeoise de son époque.
Pour l’auteur de cet essai, le premier de longue haleine à étudier le sens et la signification du sous-titre, les mœurs provinciales visées par l’écrivain dans son premier roman publié sont avant tout des mœurs langagières. La langue et les langages sont au centre de ce livre, où le personnage le plus troublant, la protagoniste Emma Bovary, est clairement victime de ces mœurs langagières bien que, à certains moments, elle arrive à sortir de leur contrainte et paraître une voix à part entière, tels les personnages romanesques polyphoniques de Dostoïevski vus par Bakhtine.

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Troisième partieLe destinataire

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155 Troisième partie Le destinataire Emma Bovary est toujours paradoxale. A chaque époque, à cha- que lecteur, elle s’offre de biais, présentant d’elle-même une image oblique, presque louche. Elle choque, bouscule toutes les visions que l’on croit prendre d’elle. A l’exemple du démon, ses appari- tions comme ses apparences sont légion. (Bellemin-Noël 1997: 52) Dans le mouvement de sympathie, d’empathie ou d’antipathie qui le rapproche ou l’éloigne de Madame Bovary, le lecteur se situe par rapport à un homme, c’est-à-dire à un style de vie infiniment condensé dans la vitesse d’une phrase, dans sa résonance, dans l’étalement des paragraphes ou leur brusque rupture. (Sartre 1988, tome I: 658) 156 157 1. La réception du roman Dans le troisième tome de Temps et récit, Paul Ricœur traite de l’esthé- tique de la réception, en disant ceci à propos de la réception de Madame Bovary: L’horizon d’attente propre à la littérature ne coïncide pas avec celle de la vie quoti- dienne. Si une œuvre nouvelle peut créer un écart esthétique, c’est parce qu’un écart préalable existe entre l’ensemble de la vie littéraire et la pratique quotidienne. C’est un trait fondamental de l’horizon d’attente sur lequel se détache la réception nouvelle, qu’il soit lui-même l’expression d’une non-coïncidence plus fondamen- tale, à savoir l’opposition, dans une culture donnée, «entre langage poétique et lan- gage pratique, monde imaginaire et réalité sociale1...

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