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Mœurs de province

Essai d’analyse bakhtinienne de "Madame Bovary</I>- Avec une préface d’Yvan Leclerc

Helge Vidar Holm

Personne ne sait pourquoi Gustave Flaubert a rajouté de sa main, sur la première page du manuscrit définitif de Madame Bovary, celui du copiste, le sous-titre Mœurs de Province. A quelques rares exceptions près, la recherche flaubertienne ne s’est guère penchée sur la question, et depuis la mort du romancier normand, la plupart des éditeurs du roman a tout simplement supprimé le sous-titre, pourtant si significatif notamment pour une compréhension approfondie des intentions critiques de Flaubert vis-à-vis de la société bourgeoise de son époque.
Pour l’auteur de cet essai, le premier de longue haleine à étudier le sens et la signification du sous-titre, les mœurs provinciales visées par l’écrivain dans son premier roman publié sont avant tout des mœurs langagières. La langue et les langages sont au centre de ce livre, où le personnage le plus troublant, la protagoniste Emma Bovary, est clairement victime de ces mœurs langagières bien que, à certains moments, elle arrive à sortir de leur contrainte et paraître une voix à part entière, tels les personnages romanesques polyphoniques de Dostoïevski vus par Bakhtine.

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Conclusion 237

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237 1 Duchet 2006: 43. 2 Todorov 1984a:13. 3 Chambers 1987: 218. Conclusion «Peut-on rouvrir aujourd’hui le dossier?» demande Claude Duchet dans son article paru en 2006 qui s’interroge sur le «sous-titre à éclipse qui semble fâcher ou embarrasser, en mal d’interprétation1». Dans le pré- sent essai je pense avoir répondu à sa question par l’affirmative; le sous- titre devrait absolument intéresser la critique flaubertienne bien au-delà de aspects intertextuels balzaciens et autres, et il ne devrait plus pou- voir «s’éclipser» devant les lecteurs d’éditions sérieuses du roman. Voilà un appel lancé aux éditeurs de ce roman, un des plus souvent réédités de la littérature française! Mon interprétation des mœurs du sous-titre comme langagières avant tout, se fonde sur une compréhension globale d’une thématique traitée tout au long de ce roman, celle d’une critique langagière impli- quant une critique de civilisation. Le sous-titre est sans doute intention- nellement ironique de la part du romancier, mais si c’est le cas, il faut comprendre «ironique» dans le double sens que Ross Chambers et Tzvetan Todorov attribuent à l’emploi de cet «outil» rhétorique respec- tivement chez Flaubert dans Madame Bovary (Mœurs de province) et chez Dostoïevski selon Bakhtine, c’est-à-dire une ironie qui est notre sagesse2 et qui «reconnaît que la ‹sincérité› elle-même, phénomène sup- posé contraire à l’ironie, passe par une rhétorique et est soumise, par cons...

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