Show Less

AutoBioPhagies

Series:

Edited By May Chehab and Apostolos Lampropoulos

De Feuerbach à Derrida, de la gastronomie au cannibalisme et de la saveur à la terreur, cette étude décline les différentes postures du sujet mangeant.
Plus précisément, et résolument ancré dans un corps placé au centre du présent volume, c’est d’abord un sujet phagique jouissif qui triomphe dans l’autobiographie gastronomique. Mais l’étude examine également les modalités d’apparition d’un sujet dysphorique, émietté, spectralisé ou vampirisé, aussi bien dans les littératures de l’éclatement de soi que dans les mises en spectacle des déchirements identitaires de l’art corporel. Les contributions permettent enfin de voir comment la métaphore (auto)phagique, pathologique chez les grands lecteurs, toujours digestive, voire stercoraire, se littérarise dans une quotidienneté diarique recyclée ad nauseam, se redéfini philosophiquement dans un rapport circulaire au monde et voit son essence sondée par la philosophie anti-idéaliste et postmoderne.
Enrichies de l’apport de disciplines différentes, les AutoBioPhagies aspirent en effet à réunir ce que la tradition occidentale a désuni : les deux fonctions principales de la bouche, celle de la parole et celle de la nourriture.

Prices

Show Summary Details
Restricted access

II. DE LA SAVEUR A LA TERREUR, (SE) MANGER ET (SE) DIRE 11

Extract

II. De la saveur à la terreur, (se) manger et (se) dire a question «comment (se) dire?» bute toujours sur la difficulté ou l’aporie face au projet cognitif: comment connaître le monde par la production d’un logos rationnel si l’on fait partie de ce même monde? Comment le sujet connaissant peut-il se saisir en faisant abstraction de son corps? Comment le sujet mangeant se pense-t-il? Est-il envisageable d’avoir une pensée du corps? La question bute aussi constamment sur certains présupposés et sur certaines conceptualisations et oppositions binaires constitutives de la pensée philosophique occidentale: ainsi, le mirage du discours ontologique et le réductionnisme des dualismes dé- noncés dès Héraclite, puis premièrement déconstruits par Nietzsche, n’ont pas épargné le propos phagique. La section intitulée «De la saveur à la terreur, (se) manger et (se) dire», décline certaines de ces oppositions en montrant comment ce discours particulier s’est constitué et se pense toujours en oscillant entre deux pôles extrêmes, isolés par la pensée sé- paratrice de l’abstraction. La tradition philosophique occidentale oppose comme on sait, et sou- vent dans la douleur, voire dans la terreur, corps et esprit, spiritualisme et matérialisme, éthique eudémoniste et décorporalisation, bestialité et angélisme, immanence et transcendance, ou encore pathologie et santé, norme et anormalité. A ce radicalisme assez général, occasionnellement teinté de manichéisme et rarement mis en doute, se rattache, comme on l’a...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.