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Grotesque et spatialité dans les arts du spectacle et de l’image en Europe (XVIe--XXIe siècles)

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Edited By Aline Le Berre, Florent Gebaude and Philippe Wellnitz

Le présent ouvrage esquisse un vaste panorama de la dramaturgie grotesque européenne, de l’Angleterre à la Pologne, en passant par la France, l’Allemagne et la Norvège, de l’époque préclassique aux créations postmodernes, en incluant le théâtre moderne et contemporain. Au-delà de l’examen des œuvres, les études réunies ici accordent une large place à la production scénique et au paratexte théâtral (frontispice et illustrations, didascalies…). Elles démontrent la variété des formes que peut prendre le grotesque et en même temps l’unité qui existe au sein de cette diversité. Le grotesque, dont les analystes ont souligné la polysémie, l’oscillation entre le rire et l’effroi, la violence et le dérisoire, le trop-plein et le trop-peu, est revisité à la lumière des théories contemporaines de l’espace – verticalité et profondeur, marge et frontières – et plus particulièrement de l’espace corporel et de l’espace théâtral. Le grotesque apparaît comme une catégorie à la fois esthétique et heuristique, un procédé d’écriture (textuelle, scénique, chorégraphique, photographique) antimimétique et une manière d’appréhender la réalité.

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Première partie Représentations proto-modernes 47

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Première partie Représentations proto-modernes Côtelettes, bouchers, chirurgiens et viscères Grotesque et dissection dans le théâtre de la renaissance anglaise Muriel CUNIN Université de Limoges Le grotesque, bien que semblant échapper à toute définition ferme, est par essence lié au corps et à l’espace, et par là même au théâtre et aux arts vi- suels. Corporalité et spatialité s’expriment à travers une esthétique de la dis- location qui fait de cet art du démembrement un art littéralement déplacé. Les débordements de la marge vers le centre évoquent aussi bien les enlu- minures peuplées de créatures hybrides que les excès, au sens spatial du terme1, du théâtre de la Renaissance anglaise, lui-même marginal puisque les théâtres étaient situés en dehors des murs de la Cité. Le corps grotesque, disproportionné, monstrueux, marqué par l’excès et la démesure, refuse les contraintes, déborde du cadre établi et remet en cause toute logique spatiale: parce qu’il est protéiforme, malléable, inachevé, couvert d’excroissances et d’orifices, parce qu’il vole en éclats et se livre à toutes sortes d’acrobaties, il se rattache à une esthétique de la fragmentation, de la parataxe, de la rhap- sodie, mais aussi, là est tout le paradoxe, de la liminalité et de la concaténa- tion. Art des marges, amateur d’entrelacs et de lignes serpentines, créateur de ce que François Laroque appelle «l’effet Arcimboldo»2, il obéit à une logique de...

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