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Charlemagne et les objets

Des thésaurisations carolingiennes aux constructions mémorielles

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Edited By Philippe Cordez

Les recherches réunies dans ce livre partent du constat que le Moyen Âge ne connaissait pas notre notion d’« objet ». Le mot n’a en effet pris son sens courant de chose de dimension limitée, destinée à un certain usage, que vers la fin du XVIII e siècle. Comment peut-on, dès lors, rendre compte sans anachronisme de ce que les « objets » ont été pour ceux qui vécurent durant les siècles précédents ?
La figure de Charlemagne a permis aux auteurs d’aborder cette question à partir de deux phénomènes historiques. La vaste entreprise de la réforme carolingienne, d’abord, impliqua le développement de pratiques de « thésaurisation », soit des accumulations de matières et de formes consistant aussi bien en de nouveaux modes de gestion qu’en la création d’artefacts unissant, de façon inédite, les pouvoirs profane et sacré. La célébration largement partagée de la mémoire de l’empereur, ensuite, donna lieu à de nombreuses « constructions mémorielles », qui associaient des récits et des choses, et faisaient ainsi d’elles l’évidence présente d’un passé revisité.

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Philippe Cordez - Introduction. Charlemagne et les «objets» 1

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Philippe Cordez Introduction. Charlemagne et les «objets» Les recherches réunies dans ce livre partent du constat que notre notion d’«objet» est étrangère au Moyen Âge. Certes, le mot obiectum, éty- mologiquement «ce qui est placé devant [soi]», est apparu dès le XIIIe siècle, mais avec une signification différente de celle qui nous est fami- lière. Le philosophe nominaliste Nicole Oresme (vers 1325-1382) y re- court pour désigner ce qui vient affecter les sens ou occuper l’esprit, c’est-à-dire, comme l’affirmait déjà Duns Scott (vers 1266-1308), ce qui existe en soi, indépendamment de tout «sujet» pensant ou connais- sant1. Au sens aujourd’hui courant de chose de dimension limitée, desti- née à un certain usage, et détachée du «sujet», bien plus qu’on ne pou- vait le concevoir au Moyen Âge, l’«objet» n’apparaît qu’à la fin du XVIIIe siècle. L’expression «objet d’art», en particulier, ne semble dater que des premières décennies du XIXe siècle. Alexandre Du Sommerard (1779- 1842) publia ainsi un catalogue des «objets d’art» de la collection qu’il avait installée dans l’hôtel de Cluny à Paris en 1832, avant que l’État français n’en fasse le premier musée voué à de tels objets2. S’inspirant de la figure de Du Sommerard, Honoré de Balzac (1799-1850) s’empa- ra de la nouvelle expression dans Le Cousin Pons, roman publié en 1847, pour tourner en dérision la passion esthétique et nostalgique d’un...

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