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Charlemagne et les objets

Des thésaurisations carolingiennes aux constructions mémorielles

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Edited By Philippe Cordez

Les recherches réunies dans ce livre partent du constat que le Moyen Âge ne connaissait pas notre notion d’« objet ». Le mot n’a en effet pris son sens courant de chose de dimension limitée, destinée à un certain usage, que vers la fin du XVIII e siècle. Comment peut-on, dès lors, rendre compte sans anachronisme de ce que les « objets » ont été pour ceux qui vécurent durant les siècles précédents ?
La figure de Charlemagne a permis aux auteurs d’aborder cette question à partir de deux phénomènes historiques. La vaste entreprise de la réforme carolingienne, d’abord, impliqua le développement de pratiques de « thésaurisation », soit des accumulations de matières et de formes consistant aussi bien en de nouveaux modes de gestion qu’en la création d’artefacts unissant, de façon inédite, les pouvoirs profane et sacré. La célébration largement partagée de la mémoire de l’empereur, ensuite, donna lieu à de nombreuses « constructions mémorielles », qui associaient des récits et des choses, et faisaient ainsi d’elles l’évidence présente d’un passé revisité.

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Nathania Girardin - Charles le Chauve et les objets «de Charlemagne» 115

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115 Nathania Girardin Charles le Chauve et les objets «de Charlemagne» Une suspicion analogue pèse sur tous les objets dits «de Charlemagne». Rema- niés, modifiés, restaurés plusieurs fois au cours des âges, fabriqués pour les der- niers Carolingiens plutôt que pour le premier, quand ce ne fut pas pour l’un ou l’autre de ses successeurs sur le trône impérial, ces objets, auxquels s’associe l’idée de l’empire restauré, présentent tous un caractère d’authenticité fort discu- table1. Introduction En abordant l’étude du règne de Charles le Chauve (843-877) et des objets qui lui sont rattachés, un consensus scientifique dresse un portrait typique du souverain carolingien: on lui attribue un souci constant de se rapprocher de la figure charismatique de Charlemagne (768-814), en lui soupçonnant des désirs de ressemblance et d’émulation de son grand- père; l’intérêt de Charles le Chauve pour Charlemagne aurait eu une in- fluence directe sur la création artistique du troisième quart du IXe siècle2. Un aspect particulier de cette conception dérange: celui qui prête à Charles le Chauve un souci conscient d’assimilation de la figure de Charlemagne, processus que soutiendrait une ressemblance entre les objets de Charles et ceux de son aïeul. Cependant, certifier que Charles 1 H. Demoriane, «Le trésor légendaire de Charlemagne», Connaissance des Arts, 98, (1960), 86-95. 2 W. Diebold, «Nos quoque morem illius imitari cupientes: Charles the Bald’s...

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