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«Quand les vers sont bien composés»

Variation et finesse, l’art des «Contes et nouvelles en vers« de La Fontaine

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Jole Morgante

Pourquoi La Fontaine a-t-il refusé de renoncer aux Contes ainsi qu’on le lui imposait ? Leur composition explique le changement de fortune et l’entêtement du poète à détourner les obstacles. Mais pour en saisir la valeur et la cohérence il fallait comprendre aussi quel est le sens à donner aux deux termes employés : conte et nouvelle.
La recherche menée dans cet ouvrage s’étend aussi à d’autres œuvres de La Fontaine et à la tradition du récit plaisant, tout en prenant en compte la question philosophique des passions. Car par le tissage de ces discours, les variations formelles des Contes assurent la subtile compénétration des niveaux expressif et cognitif et diffractent leurs propositions dans un miroitement amusant et parfois même déroutant. Leur analyse permet alors de mieux percevoir les jeux d’allusion ainsi que le geste final du poète insérant des contes dans le dernier livre des Fables (1694). Au-delà de l’adéquation aux changements extérieurs, cette insertion soude les ressources des genres narratifs brefs longuement pratiqués : conte, nouvelle et fable. Distincts mais issus d’une même matrice, ils sont le moyen par lequel La Fontaine atteint la plus grande cohérence esthétique et éthique.

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Introduction 1

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Introduction En 1672, un nommé Saint-Glas, abbé de Saint-Ussans publie un recueil de contes. De manière assez explicite, le texte liminaire situe l’œuvre dans le sillage de La Fontaine, car la pointe wnale, qui vise à créer un ef- fet d’allusion, est une citation du prologue des Oies de frère Philippe: mais ce seroit trop parler sur cette matiere apres un habile homme que j’y reconnois pour le maistre; & apres qui je n’eusse voulu méme rien conter, si je n’avois crû que mes contes estant presque tous nouveaux, on ne m’accuseroit pas d’en vouloir faire comparaison avec les siens qu’il a tirez de Bocace, & d’autres endroits qu’il cite. Que si on les compare ensemble contre mon intention, il ne pourra qu’en tirer de l’avantage, & je lui donnerai du lustre. C’est lui qui apres avoir répondu aux objec- tions que j’ai touchées en passant, conclut par cette maxime, qui est assurément tres- certaine: Que c’est seulement la maniere de conter qui fait la beauté & la grace de ces choses-ci; & qu’il ne faut prendre garde qu’à cela. Je wnis par ses mots: Contons; mais contons bien: c’est le point principal.1 Par ce vers, La Fontaine fermait en effet la défense morale de ses con- tes proposée dans la première pièce de la Troisième partie des Contes et Nouvelles en vers. Celle-ci ayant été publiée en 1671, les allusions par lesquelles Saint-Glas reconnaît sa dette envers son devancier étaient...

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