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Citoyennes sous tutelle

Le mouvement féministe « radical » dans l’Allemagne wilhelmienne

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Anne-Laure Briatte-Peters

Les féministes « radicales » ont été le fer de lance du mouvement féministe allemand. Leur projet était de s’attaquer à la racine du problème de la condition féminine, en repensant l’ordre social, économique et politique allemand. La revue Die Frauenbewegung permet de reconstituer les présupposés et les enjeux de leurs luttes, ainsi que leurs stratégies de mobilisation. Revendiquant l’égalité civique comme le levier nécessaire à l’obtention de tous les autres droits, les « radicales » durent affronter la double résistance de la majorité du mouvement féministe, soucieuse de son établissement dans la société bien-pensante, et des libéraux, qui rechignaient à soutenir leurs revendications. Cet ouvrage rend visibles les formes d’intervention politique de ces femmes qui aspiraient à participer au progrès et à contribuer aux réflexions suscitées par l’avènement de la modernité. Tournées en dérision par les uns, décriées par les autres, elles ont inventé la citoyenneté au féminin, imaginant de nouvelles formes de militantisme.

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II. «Nous sommes des citoyennes de l’État»: les «radicales» tentent de s’imposer comme des acteurs de la vie politique (1899-1908) 169

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II. «NOUS SOMMES DES CITOYENNES DE L’ÉTAT»: LES «RADICALES» TENTENT DE S’IMPOSER COMME DES ACTEURS DE LA VIE POLITIQUE (1899-1908) Au terme de sa phase de constitution, l’aile «radicale» du mouvement fémi- niste allemand s’étendait grosso modo sur tout l’Empire allemand, avec des places fortes à Berlin, Hambourg, Dresde et Munich. Elle couvrait de vastes domaines d’activité, allant des questions scolaires à la revendication du droit de participation des femmes à la vie publique et politique de l’Empire. Leur engagement féministe avait révélé aux «radicales» les multiples implications des pouvoirs législatifs, juridiques et exécutifs dans la définition et le main- tien du statut social, économique, juridique et politique des femmes de la société allemande à l’aube du XXe siècle. Refusant délibérément une dé- marche caritative et préférant revendiquer les droits fondamentaux auprès des plus hautes instances du pouvoir, l’aile «radicale» du mouvement fémi- niste allemand se concevait de plus en plus comme un mouvement politique. Politique, leur démarche l’avait été dès le début, mais les «radicales» ne commencèrent à s’en réclamer qu’à partir du tournant du siècle, alors que les textes de lois sur les associations interdisaient toujours aux Allemandes d’adhérer à toute association, et même d’assister à toute réunion de nature politique (§ 8a). La loi impériale sur les associations de 1908 mit un terme au bâillonnement des femmes, qui purent dès lors créer en...

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