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Citoyennes sous tutelle

Le mouvement féministe « radical » dans l’Allemagne wilhelmienne

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Anne-Laure Briatte-Peters

Les féministes « radicales » ont été le fer de lance du mouvement féministe allemand. Leur projet était de s’attaquer à la racine du problème de la condition féminine, en repensant l’ordre social, économique et politique allemand. La revue Die Frauenbewegung permet de reconstituer les présupposés et les enjeux de leurs luttes, ainsi que leurs stratégies de mobilisation. Revendiquant l’égalité civique comme le levier nécessaire à l’obtention de tous les autres droits, les « radicales » durent affronter la double résistance de la majorité du mouvement féministe, soucieuse de son établissement dans la société bien-pensante, et des libéraux, qui rechignaient à soutenir leurs revendications. Cet ouvrage rend visibles les formes d’intervention politique de ces femmes qui aspiraient à participer au progrès et à contribuer aux réflexions suscitées par l’avènement de la modernité. Tournées en dérision par les uns, décriées par les autres, elles ont inventé la citoyenneté au féminin, imaginant de nouvelles formes de militantisme.

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Conclusions 403

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CONCLUSIONS L’histoire d’un échec? Au soir de sa vie, Minna Cauer considérait son engagement comme un échec. Plus exactement, le mouvement féministe «radical», qu’elle avait mené des années durant, avait, à son avis, échoué dans sa mission. Que faut- il penser de ce jugement? Comment faut-il interpréter le fait que ce courant du féminisme ne réapparaisse pas sous la République de Weimar, alors que le BDF, par exemple, subsiste jusqu’en 1933 et que d’autres organisations féminines voient le jour?1 Parcourant plusieurs numéros de la revue Die Frauenbewegung quelques mois après en avoir arrêté la publication, en mai 1920, Minna Cauer commenta: «J’ai été frappée, maintenant que j’ai de la distance par rapport au passé, par deux choses: nous avons abattu une telle quantité de travail et, hélas!, nous avons eu si peu de succès.»2 Réfléchissant aux raisons qui la retenaient d’entamer l’écriture de ses Mémoires, elle ob- serva: Jour après jour, je veux me mettre à écrire mes Mémoires, mais quelque chose me retient. Si je veux tout exposer ouvertement, honnêtement et conformément à la vé- rité, on aura l’image d’une femme éternellement à la recherche de quelque chose, qui avait conçu des idéaux pour elle, pour ses amis, pour son pays, pour l’humanité, – et tout s’est effondré.3 Et pourtant, le moment nous semble venu, au contraire, de reconnaître le travail réalisé par ces...

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