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Constructions de l’espace dans les cultures d’expression allemande

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Edited By Françoise Lartillot and Ulrich Pfeil

L’existence humaine n’est pas seulement conditionnée par le temps, mais aussi par l’espace, tel fut le constat du « spatial turn », rendant nécessaire un infléchissement de la recherche en sciences humaines et sociales. En effet, la dimension spatiale est éminemment culturelle, et dans toutes les cultures, la mise en relation de soi avec le monde est liée à une donnée spatiale et locale. Les aires d’expression allemande forment un objet privilégié d’étude, permettant de dégager des tendances se manifestant dans la construction de l’espace. En effet, il n’y a guère de pays qui ont connu autant de transformations profondes de leur espace et de leurs limites. Dans cette perspective, les auteurs de ce livre s’interrogent sur la manière dont les espaces et leurs représentations se construisent, se transmettent et se perpétuent. Ils interrogent les interactions entre les expériences directes et les nécessités pratiques, les codes et les vecteurs culturels du savoir sur l’espace, les identités et les projections. Ce livre contient des contributions en français et en allemand.

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Perceptions socio-culturelles de l’espace

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Le «Minotaure de la civilisation»: la ville comme espace fantasmé à l’ère de l’urbanisation Isabelle MITY Université Paris-Dauphine Dans de nombreux écrits de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, la ville, et plus particulièrement la grande ville, est souvent qualifiée de Mo- loch,1 métaphore mettant en exergue sa dimension monstrueuse, sa voracité en chair humaine et sa propension à sacrifier l’énergie vitale de la popula- tion. Sous la plume du médecin français Paul Jacoby, les villes, et Paris en premier lieu, prennent l’apparence d’une autre créature sanguinaire, le Mi- notaure, qui draine les éléments les plus méritants avant de les épuiser, con- ditionnant ainsi le renouvellement de la population aux migrations des cam- pagnes vers les villes.2 Rousseau ne disait pas autre chose en déclarant dans Emile ou De l’Education que «les villes sont le gouffre de l’espèce hu- maine».3 Si ces images et ces formules font florès dans l’Allemagne de la fin du XIXe siècle, c’est qu’elles semblent correspondre à la situation démographi- que urbaine telle qu’elle est perçue par de nombreux contemporains. De fait, dès le milieu du XIXe siècle et, de manière plus brutale, dans le dernier tiers du siècle, l’espace allemand est profondément bouleversé par des mutations structurelles qui marquent le passage d’un Etat rural et agricole à un Etat urbain et industriel. Les villes, gonflées par les...

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