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Aux sources féeriques du Conte du Graal

Peronnik l’idiot et Perceval le nice

Isolde Crahay

En 1845, dans Le Foyer breton, recueil de traditions populaires, E. Souvestre publia Peronnik l’idiot, l’estimant apparenté au Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Mais le caractère composite du récit armoricain, pourtant banal en littérature orale, a occulté son appartenance à un conte type répertorié dont le héros a la réputation d’être idiot.
La comparaison serrée entre les quatre récits médiévaux narrant l’aventure initiale de Perceval démontre que ce conte type – d’où vient aussi Peronnik l’idiot – est la source du tout premier noyau du Conte du Graal. En démêlant pour chaque motif du récit breton l’hérité et l’ajouté, l’étude découvre de surprenants archaïsmes, transmis par Souvestre à son insu, et réhabilite recueil et conte, riches d’éléments anciens méconnus, rares et précieux. L’exposition progressive des indices détectés et des étapes du raisonnement invite le lecteur à partager avec l’auteur le passionnant chemin de la découverte.
Chrétien maîtrisait visiblement l’art d’adapter ses sources à son projet : l’analyse de ses détournements créateurs éclaire à merveille la naissance de cette œuvre mythique, nous donnant de nouvelles raisons de l’admirer.

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Chapitre I Authenticité du Foyer breton 13

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13 Chapitre I Authenticité du Foyer breton Nous avons intitulé notre livre le Foyer breton, parce que c’est réellement sur l’âtre de nos paysans, devant leur feu de landes ou d’algues marines, que nous avons écouté les récits qui le composent. Foyer breton, introduction. C’est donc à la faveur de réimpressions du conte de Souvestre1 que sont parus les articles de Le Braz (1892) et de Gourvil (1948). En effet, Le Foyer breton, l’ouvrage le plus lu de Souvestre, a toujours été réédité et Peronnik l’idiot est encore souvent repris, seul ou avec d’autres récits. Dans son étude intitulée « Emile Souvestre, folkloriste », Gourvil, à partir de certaines remarques de Le Braz (Gourvil, 1948), distingue trois aspects : collecteur, rédacteur, puis folkloriste proprement dit ; ainsi ferons-nous. Mais comme Gourvil accuse longuement Souvestre de ne pas connaître le breton, nous traiterons à part et en premier lieu ce point primordial. 1 Souvestre était d’une famille jacobite irlandaise qui, après le triomphe de la maison d’Orange, passa sur le continent et s’installa en 1690 à 1 km de Morlaix, à Saint-Martin-des-Champs (Kerviler, 1984, t. II). Des deuils prématurés, père, frère, firent de lui trop tôt un soutien de famille. Il mena une vie austère, labo- rieuse, préférant les joies de la famille et de l’amitié à la vie mondaine. Très apprécié et heureux en Suisse, il y donna des cours de littérature. Pour les Français, il était trop...

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