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Aux sources féeriques du Conte du Graal

Peronnik l’idiot et Perceval le nice

Isolde Crahay

En 1845, dans Le Foyer breton, recueil de traditions populaires, E. Souvestre publia Peronnik l’idiot, l’estimant apparenté au Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Mais le caractère composite du récit armoricain, pourtant banal en littérature orale, a occulté son appartenance à un conte type répertorié dont le héros a la réputation d’être idiot.
La comparaison serrée entre les quatre récits médiévaux narrant l’aventure initiale de Perceval démontre que ce conte type – d’où vient aussi Peronnik l’idiot – est la source du tout premier noyau du Conte du Graal. En démêlant pour chaque motif du récit breton l’hérité et l’ajouté, l’étude découvre de surprenants archaïsmes, transmis par Souvestre à son insu, et réhabilite recueil et conte, riches d’éléments anciens méconnus, rares et précieux. L’exposition progressive des indices détectés et des étapes du raisonnement invite le lecteur à partager avec l’auteur le passionnant chemin de la découverte.
Chrétien maîtrisait visiblement l’art d’adapter ses sources à son projet : l’analyse de ses détournements créateurs éclaire à merveille la naissance de cette œuvre mythique, nous donnant de nouvelles raisons de l’admirer.

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Chapitre III Les aventures du héros dans toutes les versions 65

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65 Chapitre III Les aventures du héros dans toutes les versions 1. Les différentes versions En fait, le conte n’est pas isolé comme on pouvait le croire. Marc Gontard considère qu’il existe trois versions de Peronnik l’idiot : l’une de Souvestre, l’autre d’Adrien de Carné, la troisième de Du Laurens de la Barre (Gontard, 1984, I, pp. 208-217). 1.1 La version en breton d’Adrien de Carné (1922) Cette version s’intitule Péronik, mais, dans le texte breton, le héros est appelé « Peronig ».1 De moitié plus courte que celle de Souvestre, elle s’en rapproche beaucoup, tant par l’affabulation que par les noms propres : on y retrouve Rogéar (transcrit Rojéar), l’ermite du Blavet, Kerglas transcrit Gerglaz. Seuls épisodes absents : l’engagement comme vacher, l’entrave aux pieds du poulain, l’homme noir avec la boule qui revient d’elle-même, le passage à Nantes, le voyage en Terre Sainte.2 Enfin la suppression du mot idiot dans le titre.3 1 Du point de vue structural auquel il s’est placé, Marc Gontard aurait pu join- dre une version moderne, Peronnik the Fool, de l’Irlandais George Moore, adaptation très poétique de Peronnik l’idiot (Moore, 1926). 2 La BnF ne détient qu’une édition en langue bretonne, non paginée, datée de 1922 : DANEVELLOU A VREIZ – Troet eus ar galleg a brezouneg Leon gant Adrien de Carné Barz en Arvor, c’est-à-dire Récits bretons traduits du français en dia- lecte du Léon par Adrien de Carné, poète...

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