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Aux sources féeriques du Conte du Graal

Peronnik l’idiot et Perceval le nice

Isolde Crahay

En 1845, dans Le Foyer breton, recueil de traditions populaires, E. Souvestre publia Peronnik l’idiot, l’estimant apparenté au Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Mais le caractère composite du récit armoricain, pourtant banal en littérature orale, a occulté son appartenance à un conte type répertorié dont le héros a la réputation d’être idiot.
La comparaison serrée entre les quatre récits médiévaux narrant l’aventure initiale de Perceval démontre que ce conte type – d’où vient aussi Peronnik l’idiot – est la source du tout premier noyau du Conte du Graal. En démêlant pour chaque motif du récit breton l’hérité et l’ajouté, l’étude découvre de surprenants archaïsmes, transmis par Souvestre à son insu, et réhabilite recueil et conte, riches d’éléments anciens méconnus, rares et précieux. L’exposition progressive des indices détectés et des étapes du raisonnement invite le lecteur à partager avec l’auteur le passionnant chemin de la découverte.
Chrétien maîtrisait visiblement l’art d’adapter ses sources à son projet : l’analyse de ses détournements créateurs éclaire à merveille la naissance de cette œuvre mythique, nous donnant de nouvelles raisons de l’admirer.

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Chapitre IV Le héros oiseleur 89

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89 Chapitre IV Le héros oiseleur 1. L’oiseleur et les chasseurs Un trait de caractère de Peronnik est significatif : le héros parvient à maîtriser, sans tuer ni verser de sang, ceux qui font obstacle à sa quête. Il prend le korrigan gardien du pommier à un piège fait pour les oiseaux, et, pour cueillir la fleur qui rit, il réussit à enfermer le lion dans un sac prétendu plein d’alouettes. Au premier abord, il n’y a là rien de semblable dans les textes de la légende : c’est grâce à leurs exploits guerriers que Perceval et ses homologues allemand, anglais et gallois remportent la victoire. Cependant, si l’on y prend garde, on voit que Peronnik est arrivé à ses fins grâce à ses talents d’oiseleur, capable d’imiter le chant des oiseaux pour les attirer. Or ce motif champêtre, parfois associé à celui du pouvoir de la voix sur les animaux, pour discret qu’il soit dans les textes médiévaux, n’en est cependant pas tout à fait absent. 1.1 Traces du motif pour Perceval et Parzival Wolfram, dès qu’il met en scène l’enfant Parzival, le montre chassant les oiseaux : « Il s’était taillé de sa propre main, un arc et de petites flèches, et il tirait souvent sur les oiseaux qu’il apercevait » (Tonnelat, 1977, t. I, pp. 105-106). Mais Parzival est tout aussitôt pris d’un violent remords : « A peine avait-il abattu l’oiseau qui l’instant d’avant faisait entendre un bruit joyeux de roulades, qu’il se...

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