Show Less

Aux sources féeriques du Conte du Graal

Peronnik l’idiot et Perceval le nice

Isolde Crahay

En 1845, dans Le Foyer breton, recueil de traditions populaires, E. Souvestre publia Peronnik l’idiot, l’estimant apparenté au Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Mais le caractère composite du récit armoricain, pourtant banal en littérature orale, a occulté son appartenance à un conte type répertorié dont le héros a la réputation d’être idiot.
La comparaison serrée entre les quatre récits médiévaux narrant l’aventure initiale de Perceval démontre que ce conte type – d’où vient aussi Peronnik l’idiot – est la source du tout premier noyau du Conte du Graal. En démêlant pour chaque motif du récit breton l’hérité et l’ajouté, l’étude découvre de surprenants archaïsmes, transmis par Souvestre à son insu, et réhabilite recueil et conte, riches d’éléments anciens méconnus, rares et précieux. L’exposition progressive des indices détectés et des étapes du raisonnement invite le lecteur à partager avec l’auteur le passionnant chemin de la découverte.
Chrétien maîtrisait visiblement l’art d’adapter ses sources à son projet : l’analyse de ses détournements créateurs éclaire à merveille la naissance de cette œuvre mythique, nous donnant de nouvelles raisons de l’admirer.

Prices

Show Summary Details
Restricted access

Chapitre VI Etat de la question. Contes et talismans 119

Extract

119 Chapitre VI Etat de la question. Contes et talismans Beaucoup de contes et récits folkloriques paraissent liés aux sources de l’histoire de Perceval et il y a longtemps que les origines celtiques d’une partie de la légende ont été établies. Mais les apports des chercheurs ont pu être oubliés, occultés par l’abondance de la controverse,1 et méritent qu’on en rappelle l’essentiel avant d’aller plus loin. 1. Alfred Nutt Cet érudit a montré l’étroite parenté de toute une série de contes celtiques appartenant à la formule indo-européenne « expulsion- retour » : fils posthume élevé en secret et revenant venger la mort de son père (Nutt, 1888, pp. 152-169). 1.1 Le Lai du Grand Fou C’est dans la version écossaise du Lai du Grand Fou (Campbell, 1862, vol. 3, pp. 146-179), qu’apparaît, plus clairement que chez Chrétien, la nécessité d’élever le héros en secret et que son nom soit ignoré de tous, jusqu’à lui-même : c’était la volonté de son défunt père, qui, ayant subi la persécution du roi son frère, tenait à en préserver son fils. Le jeune homme, vêtu de peaux de chèvre à la façon de Tom et de Percyvelle, doué d’une force et d’une adresse prodigieuses, attrape à la course et dompte les chevaux sauvages. Mais, très irascible, il écrase la cervelle de son frère de lait juste parce qu’il doutait de sa valeur. 1 Les...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.