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Aux sources féeriques du Conte du Graal

Peronnik l’idiot et Perceval le nice

Isolde Crahay

En 1845, dans Le Foyer breton, recueil de traditions populaires, E. Souvestre publia Peronnik l’idiot, l’estimant apparenté au Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Mais le caractère composite du récit armoricain, pourtant banal en littérature orale, a occulté son appartenance à un conte type répertorié dont le héros a la réputation d’être idiot.
La comparaison serrée entre les quatre récits médiévaux narrant l’aventure initiale de Perceval démontre que ce conte type – d’où vient aussi Peronnik l’idiot – est la source du tout premier noyau du Conte du Graal. En démêlant pour chaque motif du récit breton l’hérité et l’ajouté, l’étude découvre de surprenants archaïsmes, transmis par Souvestre à son insu, et réhabilite recueil et conte, riches d’éléments anciens méconnus, rares et précieux. L’exposition progressive des indices détectés et des étapes du raisonnement invite le lecteur à partager avec l’auteur le passionnant chemin de la découverte.
Chrétien maîtrisait visiblement l’art d’adapter ses sources à son projet : l’analyse de ses détournements créateurs éclaire à merveille la naissance de cette œuvre mythique, nous donnant de nouvelles raisons de l’admirer.

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Chapitre VII L’Eau de la vie, le Graal et Peronnik l’idiot 137

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137 Chapitre VII L’Eau de la vie, le Graal et Peronnik l’idiot Le conte type L’Eau de la vie, très proche de l’épisode de la demoi- selle de la tente, est également apparenté à Peronnik l’idiot. Pour le prouver et en détecter les traces dans la légende du Graal, puis chez Souvestre, il est nécessaire, parmi ses nombreuses versions, d’en exa- miner de près quelques-unes. 1. Quelques versions du conte L’Eau de la vie 1.1 La Princesse Marcassa et l’oiseau Drédaine, Version bretonne (Luzel, 1887, t. II, pp. 176-194) Un vieux roi malade ne sera guéri que s’il touche l’oiseau Drédaine dans sa cage d’or. Ses trois fils partent en quête de l’oiseau, mais les deux aînés restent dans une auberge où ils mènent joyeuse vie. Le troisième, Luduenn,1 ayant pieusement payé l’enterrement d’un pauvre, est aidé par un renard, l’âme du mort reconnaissant, qui lui indique la route du château et tout ce qu’il doit faire avant midi, sous peine de mort. Le jeune homme arrive à onze heures devant la porte ouvrant sur trois cours nauséabondes et infestées de serpents, la première avec des crapauds, la deuxième avec des tigres et la troi- sième avec des géants. Ayant enjambé tous les monstres endormis, il pénètre dans le château. Dans une salle, il mange du pain d’une mi- che qui ne diminue pas et la...

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