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Aux sources féeriques du Conte du Graal

Peronnik l’idiot et Perceval le nice

Isolde Crahay

En 1845, dans Le Foyer breton, recueil de traditions populaires, E. Souvestre publia Peronnik l’idiot, l’estimant apparenté au Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Mais le caractère composite du récit armoricain, pourtant banal en littérature orale, a occulté son appartenance à un conte type répertorié dont le héros a la réputation d’être idiot.
La comparaison serrée entre les quatre récits médiévaux narrant l’aventure initiale de Perceval démontre que ce conte type – d’où vient aussi Peronnik l’idiot – est la source du tout premier noyau du Conte du Graal. En démêlant pour chaque motif du récit breton l’hérité et l’ajouté, l’étude découvre de surprenants archaïsmes, transmis par Souvestre à son insu, et réhabilite recueil et conte, riches d’éléments anciens méconnus, rares et précieux. L’exposition progressive des indices détectés et des étapes du raisonnement invite le lecteur à partager avec l’auteur le passionnant chemin de la découverte.
Chrétien maîtrisait visiblement l’art d’adapter ses sources à son projet : l’analyse de ses détournements créateurs éclaire à merveille la naissance de cette œuvre mythique, nous donnant de nouvelles raisons de l’admirer.

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Chapitre IX Le bassin d’or 207

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207 Chapitre IX Le Bassin d’or 1. Emprunt livresque de l’expression D’où vient l’expression bassin d’or ? Fût-ce en métal plus ordinaire, le mot ne se rencontre guère dans les contes populaires. C’est La Villemarqué, dans le texte condensé par Souvestre, qui présente le graal comme un bassin d’or pur émaillé (La Villemarqué, 1842a, p. 184). Il utilise aussi le mot dans sa traduction de Peredur, l’ajou- tant au titre, qui devient Peredur ou le bassin magique. Loth traduit le mot gallois par plat (Loth, 1975, t. II, p. 65).1 L’emprunt littéraire de l’expression est donc évident et c’est d’abord à La Villemarqué que Souvestre a emprunté le mot bassin, mot très ambigu puisqu’il peut désigner aussi bien un chaudron assez grand pour servir à un repas de noces qu’un simple plat creux. 1.1 Brocéliande et le bassin d’or L’expression n’est pas une invention de La Villemarqué. Avant de l’utiliser en 1842 pour rendre « graal, objet de service de table », le jeune chartiste avait trouvé l’expression bassin d’or chez Chrétien de Troyes, dans Yvain ou le Chevalier au lion. L’objet servait à puiser à une fontaine. 1 Loth emploie en revanche bassin au sens de chaudron dans Kulhwch et Olwen. Le géant défie son futur gendre d’obtenir le bassin de Diwrnach l’Irlandais pour bouillir les mets du festin de noces. Selon Loth, il devait ressembler au chaudron de Dagda, autrement dit être inépuisable (cf. supra, p. 110, n. 4). Pour Lady Guest,...

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