Show Less

Aux sources féeriques du Conte du Graal

Peronnik l’idiot et Perceval le nice

Isolde Crahay

En 1845, dans Le Foyer breton, recueil de traditions populaires, E. Souvestre publia Peronnik l’idiot, l’estimant apparenté au Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Mais le caractère composite du récit armoricain, pourtant banal en littérature orale, a occulté son appartenance à un conte type répertorié dont le héros a la réputation d’être idiot.
La comparaison serrée entre les quatre récits médiévaux narrant l’aventure initiale de Perceval démontre que ce conte type – d’où vient aussi Peronnik l’idiot – est la source du tout premier noyau du Conte du Graal. En démêlant pour chaque motif du récit breton l’hérité et l’ajouté, l’étude découvre de surprenants archaïsmes, transmis par Souvestre à son insu, et réhabilite recueil et conte, riches d’éléments anciens méconnus, rares et précieux. L’exposition progressive des indices détectés et des étapes du raisonnement invite le lecteur à partager avec l’auteur le passionnant chemin de la découverte.
Chrétien maîtrisait visiblement l’art d’adapter ses sources à son projet : l’analyse de ses détournements créateurs éclaire à merveille la naissance de cette œuvre mythique, nous donnant de nouvelles raisons de l’admirer.

Prices

Show Summary Details
Restricted access

Chapitre XII Lecture de la légende à la lumière des contes: vestiges de croyances archaïques 287

Extract

287 Chapitre XII Lecture de la légende à la lumière des contes: vestiges de croyances archaïques D’anciens mythes de l’Au-delà affleurent dans tous les romans de Chrétien et sont considérés à juste titre comme les sources d’où dérivent les schémas narra- tifs qu’il utilise. Paule Le Rider, Le Chevalier dans le Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Ce que tous les contes ont en commun, ce sont les restes d’une croyance qui remonte aux époques les plus recu- lées et qui exprime en images une réalité suprasensible. Willhelm Grimm, Commentaire de 1856. Tentons de déchiffrer les conceptions archaïques impliquées par les contes, dont le souvenir n’est que suggéré à l’arrière-plan, avant de voir ce que les auteurs chrétiens ont mis clairement au premier plan. 1. La double cohérence : plan chevaleresque et plan mythique Les conceptions archaïques ne préjugent en rien des intentions de l’auteur chrétien qui utilisait le matériau antérieur. L’auteur du Ro- man de Perceforest a repris le canevas du conte populaire tout en citant Chrétien ou sa source : le vieux thème pouvait donc être en- core senti, quitte à être orienté différemment. Ainsi, dans l’épisode de la demoiselle de la tente, Chrétien a donné un sens tout nouveau à l’histoire du jeune homme qui trouve une belle endormie. Un autre épisode peut aussi avoir gardé d’autres éléments de même source, voire les...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.