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Aux sources féeriques du Conte du Graal

Peronnik l’idiot et Perceval le nice

Isolde Crahay

En 1845, dans Le Foyer breton, recueil de traditions populaires, E. Souvestre publia Peronnik l’idiot, l’estimant apparenté au Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Mais le caractère composite du récit armoricain, pourtant banal en littérature orale, a occulté son appartenance à un conte type répertorié dont le héros a la réputation d’être idiot.
La comparaison serrée entre les quatre récits médiévaux narrant l’aventure initiale de Perceval démontre que ce conte type – d’où vient aussi Peronnik l’idiot – est la source du tout premier noyau du Conte du Graal. En démêlant pour chaque motif du récit breton l’hérité et l’ajouté, l’étude découvre de surprenants archaïsmes, transmis par Souvestre à son insu, et réhabilite recueil et conte, riches d’éléments anciens méconnus, rares et précieux. L’exposition progressive des indices détectés et des étapes du raisonnement invite le lecteur à partager avec l’auteur le passionnant chemin de la découverte.
Chrétien maîtrisait visiblement l’art d’adapter ses sources à son projet : l’analyse de ses détournements créateurs éclaire à merveille la naissance de cette œuvre mythique, nous donnant de nouvelles raisons de l’admirer.

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Annexe A Peronnik l’idiot de Souvestre 353

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353 Annexe A Peronnik l’idiot1 Récit du sabotier Vous n’êtes pas sans avoir rencontré de ces pauvres innocents que le prêtre a baptisés avec de l’huile de lièvre2 et qui ne savent que s’arrêter devant les portes pour demander leur pain. On dirait des veaux qui ont perdu le chemin de leur étable. Ils regardent de tous côtés avec de grands yeux et la bouche ouverte, comme s’ils cherchaient quelque chose ; mais ce qu’ils cherchent n’est pas assez commun dans le pays pour qu’on le trouve sur les grands chemins, car c’est de l’esprit. Peronnik était un de ces pauvres idiots qui ont pour père et mère la charité des chrétiens. Il allait devant lui sans savoir où ; quand il avait soif, il buvait aux fontaines ; quand il avait faim, il demandait aux femmes qu’il voyait sur leurs seuils, les croûtes de rebut ; quand il avait sommeil, il cherchait une meule de paille et y creusait son lit, comme un lézard. Du reste, Peronnik n’était pas mal vêtu pour son état. Il avait une culotte de toile à laquelle il ne manquait que le fond, un gilet garni d’une manche et la moitié d’un bonnet qui avait été neuf. Aussi, quand Peronnik avait mangé, il chantait de tout son cœur, et il re- merciait Dieu, soir et matin, de lui avoir fait tant de présents sans y 1 Il ne faut pas que ce...

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