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Les Fruits de la passion

Le théâtre de Yasmina Reza

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Hélène Jaccomard

Cette étude est la première du genre à embrasser l’œuvre dramatique de Yasmina Reza dans toute son ampleur. L’ouvrage prend sa pièce à succès, « Art », comme le centre créatif d’où irradient les neuf autres pièces. L’analyse tout à la fois textuelle et sémiologique suit un fil conducteur, le traitement des passions, au premier rang desquelles, naturellement, l’amour, mais également d’autres passions plus paradoxales. L’ouvrage témoigne en effet de l’exploration que ces pièces font du fétichisme contemporain pour les objets, qu’ils soient matériels ou abstraits comme la littérature, les sciences ou la musique. Ce que cette étude met également en lumière, ce sont les innovations formelles qui, sous une plume moins sensible au rythme et aux silences, pourraient passer pour anti-théâtrales, telles que l’aparté, les monologues et les mises en abymes. Ces techniques revivifient un théâtre en alliant des contraires : théâtre de pensée et théâtre d’émotions, comique et tragique. C’est par cette approche qu’on peut expliquer que l’immense succès des pièces de Yasmina Reza ait permis de repousser la crise toujours annoncée du théâtre en France et du théâtre français à l’étranger.

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Introduction – Faire théâtre de tout 1

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Introduction Nous sommes dotés de la capacité de désirer, d’aimer, des sentiments très puissants qui sont des portes grandes ouvertes sur la souffrance. (Yasmina Reza, Entretien, Simonnet, 2000) Il ne faut pas bouder son plaisir. L’œuvre que construit Yasmina Reza depuis plus de vingt ans est cocasse, dérangeante, surprenante, mé- chante, en un mot : jubilatoire. Son œuvre phare, « Art », connaît une popularité qui ne se dément pas, plus de quinze ans après sa création. L’impact de notre auteur dépasse largement les frontières hexagonales : son traducteur anglais, Christopher Hampton, attribue la remarquable ouverture du théâtre anglo-saxon aux pièces étrangères, depuis les années quatre-vingt-dix, au succès d’« Art » (Hughes, 2000).1 C’est le premier succès d’un auteur français à Londres depuis Anouilh (Schneider, 1998, 3). Traduite en un grand nombre de langues (les estimations varient entre trente et qua- rante), déjà en 1998, la pièce attirait ce commentaire de l’autre côté de l’Atlantique : « Since ‘Art’ premiered in Paris in 1994, the play has be- come an international phenomenon, playing in twenty languages from Danish to Hebrew, with forty productions in Germany alone » (Schneider, 1998, 3).2 Ou encore: Qu’on le prenne comme on veut, « Art » est un phénomène. Elle est en train de devenir la pièce française la plus jouée dans le monde depuis Molière. Aucun auteur francophone de ce siècle, ni Anouilh, ni...

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