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Population en danger !

La lutte contre les fléaux sociaux sous la Troisième République

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Virginie De Luca Barrusse

Qu’y a-t-il de commun entre l’alcoolisme, les maladies vénériennes, la tuberculose? A priori peu de choses, en dehors de leur étiquette commune de « fléau social ». Mais, si chacun présente des spécificités propres, force est de contacter la convergence des dangers qu’ils présentent. Ces fléaux sociaux menacent la population. Ils sont la cause d’un surcroît de mortalité dans une France qui se singularise déjà par de hauts niveaux comparativement à ses voisins. Mais ils compromettent aussi « la qualité » de la population en vertu de l’idée selon laquelle ils se transmettent de génération en génération. Aussi, face à un tel danger, les fléaux sociaux font-ils l’objet d’une intense mobilisation qui conduira à la mise en place d’une véritable politique de population que l’expression « hygiène sociale » subsume. Un ensemble de mesures est portée par des associations réunies au sein d’institutions qui lui sont dédiées et ce, en dépit de concurrences fortes entre elles. Leur objectif : protéger voire encourager le renouvellement démographique.
Le livre s’intéresse à l’intense mobilisation qu’ont suscité ces fléaux sociaux et aux actions – le plus souvent convergentes qu’ils ont menés sous le label d’« hygiène sociale ». La lutte contre les fléaux est passée en particulier par l’éducation des populations. L’analyse de ses contenus, si elle témoigne des balbutiements de l’éducation à la santé dévoile aussi les représentations de ce que doit être la démographie française et de ce qui la menace.

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Première partie : Installation, Circulation, Concurrences 9

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Première partie : Installation, Circulation, Concurrences L’analyse des conditions spécifiques par lesquelles un fait social devient un fléau est l’objet de cette partie. Comment ? pourquoi ? à quelles con- ditions certains faits sociaux sont-ils devenus des problèmes démogra- phiques, sous quelles modalités ont-ils été labellisés fléaux c’est-à-dire distingués parmi d’autres faits sociaux1 ? Quelles sont les activités et les groupes sociaux qui les ont portés à l’attention publique ? Car les fléaux sociaux n’existent qu’en vertu d’un processus de mobilisation collective qui les fait accéder au rang de problème démographique. Il ne s’agit pas de nier l’incidence et la prévalence de la tuberculose, des maladies véné- riennes ou de l’alcoolisme en particulier mais de montrer qu’en tant que problème démographique, ils n’existent qu’à partir du moment où des observateurs suffisamment influents pour faire passer leur crainte dans le débat public les reconnaissent comme tels et les font accéder à une cer- taine visibilité sociale2. Les dangers sont réels mais les fléaux sont mani- pulés. Si la tuberculose, la syphilis, l’alcoolisme existent bel et bien en tant que pathologies spécifiques, le label fléau social les fait parvenir à un niveau de problématisation qui dépasse le seul aspect médical du problème. La médiatisation permet de passer d’une gestion routinière de maladies préoccupantes à une prise en charge de problèmes devenus prioritaires3. Elle hypertrophie les maux4....

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