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L’intime et l’apprendre

La question des langues vivantes

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Edited By Marie Berchoud, Blandine Rui and Claire Mallet

Les dimensions négligées des apprentissages, tel est le propos de cet ouvrage : pourquoi, en effet, ne pas aller voir du côté des « évidences invisibles » que partagent, parfois à leur insu, ceux qui enseignent et apprennent ? Quand se déploient les résultats des neurosciences et du cognitivisme, mais aussi les pratiques massives et souvent peu réfléchies issues du Cadre européen commun de référence, il nous semble urgent de nous distancier de ces discours convenus et contradictoires. Autrement dit, cet ouvrage constitue un lieu d’interrogation formative indispensable pour les enseignants et formateurs, et tous ceux qui apprennent en particulier des langues. Ce qu’on nomme couramment l’intime est en fait ce segment souvent oublié qui relie le « je » de chacun à ses motivations, désirs, attentes, projets et activités. Cet ouvrage explore donc l’intime, en s’appuyant sur des recherches et des expérimentations menées avec des publics variés : enfants et jeunes en situation scolaire, mais aussi migrants apprenant la langue du pays d’accueil, étudiants en formation pour le professorat, étudiants en immersion bilingue, bref tout individu « prenant langue en terre nouvelle »… Ainsi cet ouvrage se donne-t-il pour objectif d’étudier en profondeur les corpus, les situations et les contextes étudiés, en mobilisant de nombreux exemples, notamment issus de moments dans la classe, dans lesquels apparaît l’émergence des différentes dimensions de l’intime et du sujet apprenant.

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Préface À chacun sa langue - LOUIS PORCHER 1

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LOUIS PORCHER Université de la Sorbonne nouvelle Préface À chacun sa langue Dans l’université américaine où j’ai enseigné longtemps, le départe- ment des langues imposait à ses étudiants, quel que soit leur niveau d’apprentissage, un contrat drastique et léonin, signé par eux, et qui les contraignait à n’employer entre eux, à l’intérieur ou à l’extérieur du campus, que la langue étrangère qu’ils apprenaient. C’était rude et parfois cocasse. Une année, deux étudiants, un garçon et une fille, qui ne se connaissaient pas en arrivant, furent foudroyés d’emblée par un amour fou. Ils se promenaient en se tenant par la main, se regardant et se souriant (en territoire américain, pas moyen d’aller au-delà en public). Ils sont vite devenus les mascottes de tout le campus. Après la der- nière heure de cours du dernier jour du semestre, chacun redevenait libre de retrouver sa langue native : l’anglais. C’était, pour eux, un soulagement et une joie. Dès le lendemain, ils se sont rendus chez le directeur et lui ont dit, en larmes : « Nous avons découvert que nous ne nous aimions pas en anglais ». Quelle plus flamboyante manière de dire qu’une langue est aussi une identité et une subjectivité ? Le malentendu est au cœur de toute communication langagière, même seulement interpersonnelle. « Dès qu’il y a langue, il y a métaphore ». Cette remarque d’Austin devrait constamment rester présente à l’esprit d’un didacticien. L’exactitude forcenée, qui...

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