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Les États-Unis et la Société des Nations (1914–1946)

Le système international face à l’émergence d’une superpuissance

Ludovic Tournès

Bien qu’ils n’aient pas adhéré à la Société des Nations, les États-Unis ont largement participé à ses activités, jouant un rôle déterminant dans le développement des sections techniques, ancêtres des agences spécialisées de l’ONU (santé, travail, questions économiques, coopération intellectuelle). Les principaux acteurs de cette participation sont les fondations philanthropiques, notamment la Rockefeller foundation et la Carnegie endowment for international peace. Décidées à intégrer coûte que coûte les États-Unis dans le système sociétaire afin de pouvoir influer sur l’élaboration de normes internationales, les fondations sont tout au long de l’histoire de la SdN des soutiens financiers et des partenaires intellectuelles majeures. Le gouvernement américain n’est pas absent du processus : comprenant l’intérêt de ne pas rester aux portes de l’organisation internationale, il envoie des experts dans les multiples commissions créées par la SdN et soutient discrètement l’activité des fondations. La participation américaine, officieuse mais massive, contribue ainsi à remodeler dès l’entre-deux-guerres le système international.

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Introduction : une autre histoire de la Société des Nations

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Octobre 1940. Alors que la quasi-totalité de l’Europe est tombée sous la domination nazie, le Directeur de l’Institute of advanced study de l’uni- versité de Princeton, Frank Aydelotte, évoque devant son conseil d’admi- nistration le déménagement d’une partie des services de la Société des Nations aux États-Unis qui a eu lieu au cours du mois de juillet précédent : Nous avions sauvé l’une des plus importantes sections techniques de la Société [des Nations] de la destruction par les nazis ; nous avions roulé le gouvernement fan- toche de Vichy. À l’heure la plus sombre de l’histoire de la Société, les États-Unis, qui n’en sont pas membres, offraient non seulement un refuge à d’importantes acti- vités de la SdN, mais également la possibilité de continuer leurs travaux. Le groupe d’économistes rassemblé et formé progressivement depuis vingt ans était déjà ici ou bien en voie d’arriver, avec la grande majorité de leurs documents microfilmés. Le département d’économie de notre Institut, spécialisé dans les questions financières internationales, se voyait renforcé de façon significative. Sur le moment, nous étions trop fatigués pour faire quoi que ce soit, si ce n’est nous émerveiller de notre succès. M. [Arthur] Sweetser et moi pensâmes qu’il n’y avait plus qu’une chose à faire pour ne pas laisser retomber l’euphorie. Nous partîmes à Springdale faire une partie de golf. Sweetser est un bon golfeur. Nous avions déjà joué ensemble de nombreuses parties endiabl...

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