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Les États-Unis et la Société des Nations (1914–1946)

Le système international face à l’émergence d’une superpuissance

Ludovic Tournès

Bien qu’ils n’aient pas adhéré à la Société des Nations, les États-Unis ont largement participé à ses activités, jouant un rôle déterminant dans le développement des sections techniques, ancêtres des agences spécialisées de l’ONU (santé, travail, questions économiques, coopération intellectuelle). Les principaux acteurs de cette participation sont les fondations philanthropiques, notamment la Rockefeller foundation et la Carnegie endowment for international peace. Décidées à intégrer coûte que coûte les États-Unis dans le système sociétaire afin de pouvoir influer sur l’élaboration de normes internationales, les fondations sont tout au long de l’histoire de la SdN des soutiens financiers et des partenaires intellectuelles majeures. Le gouvernement américain n’est pas absent du processus : comprenant l’intérêt de ne pas rester aux portes de l’organisation internationale, il envoie des experts dans les multiples commissions créées par la SdN et soutient discrètement l’activité des fondations. La participation américaine, officieuse mais massive, contribue ainsi à remodeler dès l’entre-deux-guerres le système international.

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V. Coopération intellectuelle ou affrontement géoscientifique?

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189 V. Coopération intellectuelle ou affrontement géoscientifique ? Le secteur dit de la coopération intellectuelle offre une autre image de la participation américaine aux activités de la Société des Nations. Ici, les États-Unis sont également présents de manière précoce et suivie, mais le résultat de leur participation au cours des années vingt est très différent. La période qui suit la Première guerre mondiale est en effet marquée par la croissance rapide du système d’enseignement et de recherche aux États- Unis, mais aussi par la présence accrue des Américains dans toutes les institutions scientifiques internationales. La Commission internationale de coopération intellectuelle (CICI) de la SdN n’est que l’une d’entre elles, et les relations que les Américains entretiennent avec elle au cours de la décennie 1920 sont symptomatiques de l’affrontement « géoscientifique » qui est en train de se jouer. Lorsque la CICI est créée en 1922, les milieux internationalistes américains s’y joignent d’emblée, mais ne chercheront pas tant à coopérer avec elle qu’à la neutraliser et la court-circuiter, et ce, pour deux raisons. La première est qu’elle agit au nom d’un univer- salisme qui n’est pas le leur et ambitionne de coordonner la vie culturelle et scientifique internationale selon des principes qui ne leur conviennent pas. La deuxième raison est que la CICI, et bientôt son bras armé l’Insti- tut international de coopération intellectuelle...

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