Show Less

Un projet pour l’Europe

Georges Pompidou et la construction européenne

Series:

Eric Bussière and Émilie Willaert

À la différence de son prédécesseur, Charles de Gaulle, Georges Pompidou a appréhendé le projet européen non seulement dans sa relation avec le fait national, mais également en lui-même. L’originalité de sa pensée est présentée dans cet ouvrage qui réunit ses interventions publiques mais aussi une large sélection de documents issus des archives de la Présidence de la République, annotés par Georges Pompidou et souvent inédits.
Dès l’époque de la crise de la chaise vide, en 1965, Georges Pompidou constate que l’insertion de la France dans la Communauté est un processus irréversible sur lequel il faut s’appuyer. C’est ce qu’il cherche à faire en associant l’intérêt national dont il avait la charge au potentiel offert par la Communauté. Il le fait dans le domaine économique et monétaire, en politique étrangère, hautement symboliques des rapports de force avec l’Amérique, en impulsant de nouvelles politiques communes. Il rejoint cependant le Général en cherchant à promouvoir une « Europe européenne », ce qui le conduit à émettre des réserves quant aux évolutions institutionnelles souhaitées par les partenaires de la France.
Cet ouvrage montre également que la démarche de Georges Pompidou relève d’une vision fort ancienne de l’identité européenne, fondée sur la conscience de l’existence d’une civilisation commune. De cette vision, découle une ligne d’action spécifique et une démarche européenne originale appuyée sur la volonté d’échapper à tout déterminisme, et à ne s’engager que dans un projet totalement assumé. Georges Pompidou était bien porteur d’un projet pour l’Europe.

Prices

Show Summary Details
Restricted access

PROLOGUE. Identité nationale et dynamique européenne 37

Extract

37 PROLOGUE Identité nationale et dynamique européenne L’Europe représente, pour Georges Pompidou, un ensemble de contributions nationales à un projet commun. L’expérience euro- péenne n’est en aucun cas assimilable à celle des États-Unis d’Amérique dont les États n’avaient, à l’évidence, pas de véritable passé comme nations, au moment de l’indépendance américaine. L’Europe se démarque des États-Unis de par son histoire, des cultures fort anciennes générant des traditions institutionnelles et politiques différentes. Nier ces spécificités, et vouloir construire l’Europe à l’image des États-Unis, serait synonyme d’irresponsa- bilité vis-à-vis du projet européen lui-même : « l’idée de démolir au départ les nations européennes condamne l’idée européenne à l’échec complet. »1 Le rêve ne peut devenir réalité qu’à travers un itinéraire ne remettant pas en cause les nations et, au con- traire, en construisant à partir de celles-ci. Mais si la réalité européenne est d’abord celle de nations ayant leur propre expérience, la proximité est grande entre des cultures appartenant à un même ensemble. Pour Georges Pompidou, « entre la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, il existe tout au plus des nuances »2. C’est ainsi que « l’essentiel d’une conception française de la société, au fond, est l’héritage d’une culture qui est plus européenne que spécifiquement française »3. Georges Pompidou aime à illustrer cette parenté par la proximité et la continuité géographiques qui fondent la solidarit...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.