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L’Invention de soi

Rilke, Kafka, Pessoa- Avec une préface de Robert Bréchon

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Béatrice Jongy

Dans une Europe en crise, à la même période, au même âge, Rilke écrit Les Carnets de Malte Laurids Brigge, Kafka son Journal et Pessoa Le Livre de l’intranquillité. C’est un « je » personnage, plus ou moins fictif, qui tient son journal, qu’il s’appelle Malte, Soares ou simplement Franz. Pour qui habite mélancoliquement le monde, l’écriture de soi est bien plus qu’un instrument de connaissance, c’est une tentative de renaissance, d’autogenèse. Naître littérature, puisque la littérature est Tout…
La fiction de soi mène ces grands découvreurs des espaces intérieurs à travers les limbes, où la mélancolie côtoie la mort et la folie. Leurs livres rendent les mouvements mêmes de l’âme et inventent un nouveau lyrisme. Inquiéteur du genre humain, l’Orphée moderne est animé d’une conscience à la fois tragique et ironique. Ivres de leurs métamorphoses, créateurs de mythes, Rilke, Kafka et Pessoa pressentent qu’ils seront des précurseurs. Car si le diable est l’inventeur de l’absurde, il est aussi, tel le poète, le porteur de lumière…
Cette étude, pour la première fois, fait se croiser les feux de ces trois « phares inutiles dans l’Océan désert », selon le mot de Robert Bréchon, poète et éminent spécialiste de Pessoa dont il a édité les œuvres. Lue à la lumière des deux autres, chacune des œuvres jette des reflets inattendus, où miroitent les fondements même de l’écriture contemporaine de soi.

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Préface 13

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13 Préface Quand, il y a quelques années, j’ai lu pour la première fois la thèse de doctorat qui est à l’origine de ce livre et que j’ai assisté à sa soute- nance devant un jury, cela a été pour moi une révélation. En mettant en rapport, pour la première fois, les figures de Rilke, de Kafka et de Pessoa, Béatrice Jongy faisait le portrait du héros de notre temps – de mon temps en tout cas puisque, contrairement à elle, je suis presque leur contemporain. J’étais déjà né quand ils sont morts, tous les trois assez jeunes : Kafka en 1924 à 41 ans, Rilke en 1926 à 51 ans, Pessoa en 1935 à 47 ans. Je les avais découverts, admirés, aimés alors que leur gloire était encore toute neuve. J’avais lu Rilke avant la guerre, à l’adoles- cence, avec émerveillement ; Kafka, à la fin de la guerre, à l’âge d’homme, avec effroi ; Pessoa, presque vingt ans après, à l’âge mûr, avec une véritable affection. Mais je les avais aimés séparément, et pour d’autres raisons que celles qui aujourd’hui, grâce à Béatrice, me les font aimer ensemble. Ce qui, de Rilke, m’avait fasciné, c’était les Élégies et les Sonnets, dans l’admirable traduction de Maurice Betz. Ma première lecture de Kafka, foudroyante, c’était, traduit par Vialatte, Le Procès. J’avais découvert Pessoa dans les poèmes du Gardeur de troupeaux de son hét...

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